Livraison de mars 2026

Échangisme littéraire – mars 2026

Les notes ci-dessous sont un résumé de ce qui a été dit sur chaque titre, pas une retranscription complète des propos échangés.

  • Mon vrai nom est Élisabeth, d’Adèle YON (livre) : Un livre-enquête sur l’arrière grand-mère de l’autrice qui, pendant sa thèse, éprouve le besoin de comprendre qui était cette femme jugée un peu folle et extrême par la famille. Adèle Yon effectue un véritable travail d’historienne, ce qui l’amène notamment à aborder la question de la lobotomie, dont son ancêtre a été victime.

  • Si ça ne tenait qu’à moi, je raconterais d’autres histoires, d’Aurore DÉON : Une lecture musicale (sortie de résidence) qui donnera lieu à un livre (publication prévue en septembre 2026). Sur scène, la comédienne parle d’une expérience désagréable sans jamais la nommer vraiment, aussi le public peut-il projeter ses interprétations. Elle décrit en revanche par le menu la réaction de son entourage suite à cette expérience désagréable et ce parti-pris est très intéressant. Jusqu’au point de bascule. Un spectacle bouleversant, d’une finesse incroyable.

  • Croyons à l’aube de la saison froide, de Forough Farrokhzâd : Grande poétesse iranienne qui écrit une poésie intime où est abordée la question du désir entre autres. Extrait :

« Moi j’ai peur de ce siècle

Qui a perdu son âme

J’ai peur d’imaginer

L’absurdité de toutes ces mains

L’étrangeté de tous ces visages

Je suis seule, captivée

Comme une écolière devant sa leçon de géométrie

Et je pense que ce jardin, il est possible de le soigner

Je pense ..

Je pense…

Je pense…

Tandis que le cœur du jardin fermente au soleil

Et que sa mémoire se vide peu à peu

De ses verts souvenirs »

  • Du même bois, de Marion FAYOLLE : Pas d’intrigue classique dans ce roman mais une succession de chapitres courts à travers lesquels on découvre, par petites touches, la vie à la ferme d’une famille sur plusieurs générations. Un livre poétique, qui aborde la transmission, le désir d’émancipation, l’isolement, la santé mentale, le monde agricole, les âges de la vie … On ne sort pas indemne de ce récit à l’écriture singulière et sensible.

  • Libres d’obéir, de Johann CHAPOUTOT et Philippe GIRARD : BD tirée de l’ouvrage de Johann Chapoutot paru en 2020 et sous titré « Le Management du nazisme à aujourd’hui ». Happiness managers, ressources humaines, délégation des responsabilités, leadership, destruction de l’État… Toutes ces joliesses de l’entreprise moderne, nous les héritons des nazis et en particulier de Reinhard Höhn, qui a prospéré bien après la chute du Troisième Reich. Les employés sont libres d’agir comme bon leur semble, pourvu qu’ils atteignent leurs objectifs. Une ode à la résistance et à la désobéissance bien nécessaire en ces temps de burn outs et de bullshit jobs.

  • Revue Nous, de QG DÉCOLONIAL : Pour le moment quatre numéros (sur le terrorisme, le genre, la religion…) aux articles épiques qui abordent ces différents sujets sous des angles bizarres. Le graphisme est superbe. Recommandée chaudement.

  • Vidéo ARTE : L’IA va-t-elle tuer internet ? https://www.arte.tv/fr/videos/122187-000-A/l-ia-va-t-elle-tuer-internet/ Parce qu’à force de crouler sous les contenus générés automatiquement, fake ou sans intérêt, la belle promesse d’internet à ses débuts a pris du plomb dans l’aile – et c’est peu dire. Un docu flippant.

  • L’Âge de faire – Journal papier mensuel édité dans les Alpes de Haute Provence : Fait partie du Syndicat de la Presse pas pareille. Propose des articles concrets et accessibles, met en avant des initiatives. Par exemple, dans le dernier numéro, un article santé : « Pire que la clope, la chaise ! ».

  • Portrait d‘un facho : Yves Guillou, sur Blast : Six vidéos (qu’on peut aussi écouter) qui retracent le parcours de ce fasciste qui a fait pas mal de guerres (Corée, Indochine, Algérie) avant de se tourner vers le terrorisme. Passionnant si on aime l’histoire. Une enquête qui montre la diversité des groupuscules d’extrême droite.

  • Lever la tête : l’enquête interdite sur la résistance kurde de Pinar Selek : Un objet littéraire très particulier de la part de la sociologue persécutée, torturée, mais toujours debout et qui n’a jamais abdiqué son travail sur les minorités.