Échangisme littéraire – décembre 2025
Les notes ci-dessous sont un résumé de ce qui a été dit sur chaque titre, et non une retranscription complète des propos échangés.
-
Déborder Bolloré : En cours de lecture. Recueil de chapitres écrits par différent·es auteurices. Raconte la structuration des maisons d’édition du 19è siècle à nos jours, comment elles ont continué à développer leur empire. Les rappels sur la Françafrique de Bolloré sont intéressants. C’est cool de recontextualiser cet empire dans l’histoire des empires de gros riches. Explique aussi l’utilisation des données personnelles, comment Bolloré finance Bardella par la publication et la vente de ses bouquins. Hyper intéressant sur le monde de l’édition, sur les différents métiers du monde des livres, les offices (vente de nouveautés en librairie), la chaîne du livre : fait découvrir plein de choses sur ce milieu. En plus, c’est un livre pas cher pour un livre de cette taille.
-
Petit frère, Isabelle Coutant et Yvon Atonga : Livre écrit par une sociologue et un homme dont le petit frère a été tué dans un règlement de comptes. Sorte d’enquête sociologique et familiale pour comprendre coment deux frères venant du même milieu, ayant grandi au même endroit, vont avoir des trajectoires différentes. Les chapitres alternent entre ceux écrits par la sociologue suite à des entretiens menés avec les proches (et croisés avec ses travaux de recherche) et ceux écrits par le grand frère qui interroge ce qui a pu déterminer leur vie. Ouvrage très vivant, une grande part est faite à l’oralité et au quotidien des personnes rencontrées. C’est éclairant sur des sujets comme la migration, les banlieues, les gangs, les relations familiales.
-
Wilfried : Podcast co-réalisé par I. Coutant et Mehdi Ahoudig qui dresse le portrait de Wilfried, le « petit frère » tué. Le bouquin est mieux mais ce podcast est quand même intéressant.
-
-
Le monde nazi : 1919-1945 ; Les irresponsables, Johann Chapoutot : Deux essais écrit par Johann Chapoutot, le premier étant écrit à 3 (avec Christian Ingrao et Nicolas Patin). Vocabulaire un peu pointu, écriture de qualité, c’est bien écrit. Dans les deux, il raconte l’arrivée d’Hitler au pouvoir et Chapoutot fait des liens entre cette époque et la nôtre. Par exemple, il y avait un magnat de la presse allemande qui faisait de la propagande tout comme Bolloré. Montre les choix politiques d’Hindenburg et autres, qui vont encourager la montée des nazis. C’est pointu mais accessible.
-
Libres d’obéir : Le management, du nazisme à aujourd’hui, Johann Chapoutot : Autre super ouvrage de Chapoutot. Bien meilleur que la BD qui l’adapte et qui retranscrit mal les propos du livre, en plus d’être assez aride (l’image ne va pas avec le contenu).
-
-
L’art de la vulve, une obscénité ?, Rokudenashiko : Manga d’une plasticienne japonaise qui raconte ses six mois de prison car son art était jugé obscène au Japon : elle faisait des moulages de sa vulve. Elle raconte son incarcération (sociologie des autres détenues, son quotidien en cellule…), le système judiciaire japonais et la culture japonaise. Un manga drôle par la manière dont elle semble prendre tout cela à la légère, avec humour. C’est un one shot (un seul tome). Les dessins ont un trait humoristique.
-
Pauvres créatures, Yórgos Lánthimos : Film. Univers rétro-futuriste. Une femme a été créée par un savant fou avec le cerveau d’un enfant : elle est adulte mais se comporte comme une enfant. Elle est observée mais pour ne pas être biaisée par les gens extérieurs, elle est enfermée chez elle. Elle grandit, découvrir le plaisir sexuel, rêve de partir en voyage… Mais l’assistant du savant fou tombe amoureux d’elle. Un avocat vient établir le contrat de mariage, et tout va basculer. La personne présentant ce film s’est demandée pendant la première moitié du film ce qu’elle regardait. Ça baise toutes les 5mn, avec beaucoup de male gaze, c’est très pénible. Puis un basculement survient, grâce à la philosophie et au socialisme, et ça devient sympa. Un film où on peut passer à côté du propos féministe. La direction artistique et l’univers sont très spéciaux. [Y’a eu une discussion très intéressante sur forme misanthrope/fond émancipateur de ce film entre les différentes personnes qui l’ont vu, mais la personne prenant le CR a la flemme de résumer]
-
Thierry Metz : Poète des années 70. Il était ouvrier et écrivait pendant ses temps libres. Son recueil le plus connu est Journal d’un manœuvre. La personne présentant cet auteur a lu L’homme qui penche, écrit pendant son internement en hôpital psychiatrique, où il parle de son environnement, de son rapport à l’écriture, etc., publié quelques temps avant son suicide. A aussi lu Lettres à la bien aimée, écrit pour sa femme suite au décès de leur fils. Poèmes très courts, lacunaires, très très beaux. Révèle des choses à soi-même. Aime bien cette poésie du quotidien et aussi le fait qu’il faut écrire pour s’en sortir, que ça lui sert de moyen de survie.
-
À la ligne, Joseph Ponthus : Roman en vers où Joseph Ponthus, ouvrier intérimaire dans l’agroalimentaire en Bretagne, raconte son quotidien. Il dédie son roman à Thierry Metz.
-
Notre besoin de consolation est impossible à rassasier, Stig Dagerman : Sur le fait d’essayer de trouver, par l’écriture, un moyen de survivre.
-
-
La théorie matérialiste de l’État, Joachim Hirsch : En cours de lecture. Essai où l’auteur présente un point de vue matérialiste de l’État et du capitalisme. Il prend son inspiration chez Marx, Foucault, Max Weber, Gramsci… Il essaye de définir l’État précisément, en s’appuyant sur la définition de Weber (celui qui détient le monopole de la violence légitime), et dit que l’État est un rapport social → donc c’est pas statique, ça évolue. Analyse aussi les structures économiques (famille, FMI, travail… c’est vaste) qui évoluent avec l’État. Bouquin passionnant et notamment pertinent sur les questions actuelles de tensions géopolitiques et internes. Étrangement, ça rend optimisme, on a l’impression qu’il peut se passer quelque chose, que l’histoire n’est pas écrite. Intéressant aussi car il critique des théories parfois soutenues à gauche (par exemple, une vision romantique de l’époque fordiste).
-
La petite dernière, Fatima Daas : A beaucoup aimé le film inspiré du livre (de Hafsia Herzi), a écouté un podcast où Fatima Daas parlait, a eu très envie de lire le livre. A bien aimé, mais c’est différent du film. Certainement en partie autobiographique, on se rend cependant vite compte qu’il y a des différences entre le personnage et l’autrice. Histoire d’une jeune fille musulmane qui se découvre lesbienne. Il y a des fragments de son enfance, son adolescence, ses années de jeune adulte, dans lesquels les différentes couches de sa vie (amoureuse, familiale, religieuse) ne se rencontrent pas. Le propos n’est pas très politique, c’est très terre à terre. Le personnage voit les choses mais ne résoud pas les contradictions. Chapitres courts de 3-4 pages qui commencent tous par « Je m’appelle Fatima » ou « Je m’appelle Fatima Daas ». Style très oral. Assez passionnant. Très curieux de voir ce qu’elle écrira dans le futur.
-
La ménagerie de papier, Ken Liu : Recueil de nouvelles de SF, fantasy et fantastique (mais majoritairement SF). Recueil multi-primé et référence dans le milieu des littératures de l’imaginaire. La personne le présentant n’aime habituellement pas trop le format nouvelles, mais a beaucoup aimé ce recueil. Très peu de nouvelles moyennes/mauvaises, la plupart sont très bien ou excellentes. Style d’écriture simple et prenant, univers rapidement créé. Les histoires brassent différents sujets : extra-terrestres, voyage dans l’espace, intelligence artificielle, etc. et à travers traitent différents thèmes, en particulier l’identité, les origines, les relations avec autrui… Différentes émotions et ambiances selon les nouvelles : glauque, joie, tristesse, etc. La nouvelle donnant son titre au recueil est bouleversante et très belle.
-
Histoire d’un œuf, Mamiko Shiotani : Album jeunesse sur un œuf qui prend vie et qui part explorer le monde. Beau, poétique, philosophique, dessins supers beaux tout en nuance de gris.