Livraison de décembre 2023

Les notes ci-dessous sont un résumé de ce qui a été dit sur chaque titre, et non une retranscription complète des propos échangés.

  • Guirlande de chaussettes : Il fallait être là pour voir et comprendre !

  • Maya, Jostein Gaarder : Roman. L’auteur aime bien parler de l’histoire de la philosophie, il est également l’auteur du célèbre Le monde de Sophie. Ce roman-là est assez décousu, on commence à comprendre la trame de l’histoire pendant la deuxième partie. Ça commence avec plusieurs personnages qui se retrouvent sur une île des Fidji pour le nouveau millénaire. Le bouquin s’articule entre questionnements philosophiques sur l’humain et l’évolution : d’où vient l’humain ? etc. Y’a pas mal de discussions entre les personnages. On navigue entre différentes temporalités. Le roman mélange histoires entre protagonistes narrées par un écrivain et réflexions philosophique et métaphysique. Plein de petites histoires regroupées autour d’un arc central décousu. Plaisant à lire, drôle et on aime se perdre dans le livre. On mêle l’humain et des choses plus profondes.

  • Zouc par Zouc, Hervé Guibert : La personne présentant ce livre l’a choisi parce qu’il s’agissait du livre d’un auteur qu’il aime bien, Hervé Guibert, mais il s’agit en réalité d’un livre de Zouc, une humoriste très connue dans les années 70-80. À la fin des années 70, elle raconte sa vie à Hervé Guibert, et le résultat c’est ce livre, court et qui se lit très vite. Pas scolaire, terre à terre. Zouc donne des souvenirs sur son enfance dans le Jura, à la campagne, jusqu’à son arrivée à Paris. C’est un texte qui a aussi été repris au théâtre.

    • On trouve encore des sketchs de Zouc sur Internet et c’est très chouette. Elle dégage quelque chose, c’est fabuleux.

  • Étoiles, Garde à vous !, Robert A. Heinlein : Voulait lire le roman ayant servi de base au film Starship Troopers, car le réalisateur Paul Verhoeven en a fait quelque chose de très différent. La personne ayant lu ce livre savait donc que ce serait détestable avant de le lire, et c’était effectivement détestable. Robert A. Heinlein est de droite, il a été conseiller de Reagan, et il a écrit ce roman pour décrire la société telle qu’il la voudrait. Il critique toute la société actuelle (retraite… en expliquant pourquoi cela doit être détruit) et dresse un portrait de l’armée parfaite. C’est assez nauséabond, mais cela permet de mieux comprendre à quel point Verhoeven a détourné l’œuvre originale. Heinlein passe les 2/3 de son roman à parler du service militaire entre hommes. Ultra-viriliste, que des mecs tout le temps, les seules femmes présentes sont là pour le “repos du guerrier”. Détestable. A aimé détester ce bouquin.

  • Femme ! Vie ! Liberté !, Chowra Makaremi : L’autrice est une anthropologue iranienne, elle vit à Paris. Chaque chapitre correspond à une date, entre le 15/09/2022 et un jour de février 2023. Dans chaque chapitre, elle évoque un sujet lié à l’oppression ou la révolution : mères, effacement des victimes, voiles, sportifs, réseaux sociaux, lutte dans les établissements scolaires, etc. C’est très bien et ça évoque de nombreux aspects indépendants les uns des autres. Elle parle beaucoup de la révolution de 79 et d’autres petites révolutions, si on ne connaît pas bien le sujet, on est un peu perdu. L’autrice a été invitée dans le podcast Les couilles sur la table.

    • La révolution communaliste, Abdullah Öcalan : Militant et théoricien kurde, en prison depuis plus de 40 ans en Turquie. Ce livre est un recueil d’écrits de prison. Dans le premier chapitre, il évoque l’importance des femmes dans la révolution.

    • Nous vous écrivons depuis la révolution : Récits de femmes internationalistes au Rojava : Des femmes féministes sont allées au Rojava et discutent avec des féministes locales. Super.

  • Déménagement, Shinji Sōmai : Film japonais qui date de 1993, première fois qu’il sort en France. Le réalisateur a eu une certaine popularité au Japon. La première scène est incroyable et nous met direct dans le bain : décor assez moderne, à l’occidentale, avec une table bizarre en triangle. Une petite fille est au centre et ses parents sont à côté. C’est un repas, on dirait que la petite fille, prénommée Ren, est l’adulte car c’est elle qui mène la discussion. Petit à petit, on comprend que les parents divorcent et qu’on assiste au déménagement du père. On voit aussi la violence que ce déménagement cause à la petite fille, que ses parents ne mesurent pas, surtout dans le Japon des années 90 où le divorce est très mal vu. Ce qui est beau, c’est qu’on explore l’intériorité de Ren. Dans la première partie du film, elle tente des stratagèmes, parfois complètement dingues, pour réconcilier ses parents. Un de ses stratagèmes est la cause d’un basculement dans le film et fait apparaître le surnaturel. Et ça devient hyper puissant car on entre dans l’inconscient de la petite fille. Film magistral, n’avait jamais vu à l’écran la résolution d’un conflit intérieur de cette façon. Film hyper lumineux, énergique. L’actrice a été interviewée par Le Monde et elle explique que ce n’était pas facile de tourner ce film. La photo est incroyable, tout est hyper bien travaillé, et en même temps il y a le petit grain des années 90.

  • Crime et châtiment, Dostoïevski : Roman, en cours de lecture. On est à la fois dans le plaisir de l’histoire “simple” et, malgré tout, il y a beaucoup d’éléments qui font que ça fait “poussiéreux”. Ce texte est assez palpitant, car on a accès aux pensées d’un être humain et ça pose des questions sur sa propre culpabilité, sa propre existence, et en même temps il y a la question du milieu social, de la responsabilité, voire de ce que la société nous pousse à faire. Ce roman raconte le meurtre d’une usurière par un étudiant, comment ça le ronge et le pousse à se dénoncer. On est tout de suite plongé dans l’action et en même temps c’est très détaillé, on vit tout le quotidien du personnage, ce qui est parfois un peu anxiogène.

    • Patrice Chéreau a fait une lecture d’extraits du roman Les carnets du sous-sol de Dostoïevski, disponible sur Youtube. C’est vraiment très bien, ça donne envie de lire Dostoïevski.

  • Black is Beltza, Fermin Muguruza, Jorge Alderete & Harkaitz Cano : Bande dessinée adaptée en deux films. Le premier raconte l’histoire d’un homme qui va vivre plein de révolutions. Dans le second, on parle de la fille de cette homme. Joli travail sur les couleurs. C’est bien car c’est une bande dessinée qui raconte une histoire et intègre des idées politiques dedans, ce n’est pas comme une BD féministe et anti-raciste qui intégrerait un personnage féministe, un personnage racisé, qui ne sont que ça. Ici, les idées ne sont pas le centre de l’histoire, le sujet principal, mais elles sont intégrées à l’histoire.

  • Petit éloge de la médiocrité, Guillaume Meurice : L’auteur est humoriste sur France Inter. Cet essai part d’un mail reçu, où un auditeur lui dit qu’il fait un travail nul/médiocre. Meurice part de ce mail pour expliquer ce qu’est la médiocrité et pourquoi il se complaît dedans. Pour lui, on est toutes et tous médiocres et il faut qu’on l’assume, il y a des mythes sur les gens incroyables, les “génies”, mais ce ne sont que des mythes. C’est un livre drôle, on apprend pas grand-chose mais ça fait du bien et on assume mieux sa médiocrité.

    • La Maison-Bergès, à Villard-Bonnot, propose une exposition intéressante sur Gustave Eiffel.

  • Mermère, Hugo Verlomme : Roman, SF. Dans un futur lointain, une partie de l’humanité est partie vivre dans la mer, grâce à une sorte de greffe organique permettant aux humains de vivre sous l’eau. Ils ont quitté une société capitaliste très polluante, hyper-industrialisée et urbanisée, pour vivre dans des petites communautés cachées. Nous suivons la vie dans la communauté de Mermère, installée à proximité du cratère d’un volcan sous-marin, et l’histoire commence avec la jeunesse de Horn. Au début, on s’imagine donc une narration un peu classique, où l’on va suivre Horn jusqu’à l’âge adulte et le voir se lancer dans une quête. Sauf que, même si cela se produit en partie, il ne s’agit pas du tout d’une narration classique : Horn n’est que l’un des multiples personnages principaux, sa quête n’est qu’un bout de l’histoire, qui semble plutôt avoir pour but de nous montrer la vie dans cette communauté, très différente de ce que nous connaissons : pas de dirigeant, pas de travail salarié ni de métier vraiment attitré, pas d’argent, les animaux sont perçus comme des égaux et certains prennent part à la vie de la communauté de leur plein gré (sans forme d’exploitation), etc. C’est très intéressant, mais en même temps déstabilisant car on met un moment à comprendre qu’il n’y a pas vraiment de schéma narratif classique. Et l’écriture est pleine de points de suspension, ce qui est pénible, on aimerait que l’auteur termine ses phrases.

  • Venjent : Artiste musical. Génial car il semble lui-même fasciné par sa façon de faire de la musique, qui consiste à utiliser des bruits. Par exemple, il fait du drum’n’bass en samplant le bruit de gros tuyaux de chantiers quand on les fait tourner. Il se met beaucoup en scène, il a un look génial. Il est à fond. Sur son bandcamp, il propose des bootlegs : il prend des chansons qui existent et fait des trucs incroyables avec. Il a également fait des chansons plus classiques, mais toujours avec un côté décalé dans les titres et les paroles. Il fait des chansons joyeuses, porteuses d’espoir, mais qui sont honnêtes (pas niaises, pas cucul…).

    • Variation pour une porte et un soupir : Album “classique” de musique concrète.

    • Sound of noise : Un projet suédois où les membres d’un groupe passent dans chaque pièce d’un appartement et font de la musique avec les objets dans la pièce. Ensuite ils en ont fait un film et c’est devenu un peu n’importe quoi (mais rigolo).

  • Le livre des nuits, Sylvie Germain : Premier roman de l’autrice. France, commence vers 1860, se termine vers la seconde guerre mondiale. On suit une lignée de bateliers, ils vivent sur la mer puis à la campagne. C’est divisé en nuits. Assez violent (inceste, viol, guerre). Assez fou, n’avait jamais lu un truc pareil au niveau du style, à la fois fantastique et poétique. C’est assez particulier, les gens ont des morts très étranges. Par moment, on est projeté dans les images, c’est fou. Il y a une suite mais le roman se suffit à lui-même.