Livraison de Mars 2022

Les notes ci-dessous sont un résumé de ce qui a été dit sur chaque titre, et non une retranscription complète des propos échangés.
  • La tendresse des pierres, Marion Fayolle – 2013 : BD.

    L’autrice raconte la maladie de son père, lorsqu’elle était jeune adulte, et elle utilise pour cela des métaphores dans les textes et les dessins (les poumons malades sont représentés sous forme de pierres, par ex). Les dessins sont assez simples mais chouettes.

    Une BD très touchante.

  • C’est comme ça que je disparais, Mirion Malle – 2020 : BD autobiographique sur la dépression.

    La personne présentant cette BD se retrouve dans les phases de dépression racontées par l’autrice, qui les décrit avec finesse et une vraie tendresse. Elle décrit très bien le vide qui s’installe et l’importance des proches. Le dessin est très minimaliste. Cette BD peut permettre de comprendre ce qu’est la dépression et comment vivent les personnes concernées dans ces moments-là. C’est aussi une BD accessible aux ados.

    • Cette autrice fait également des BD humoristiques géniales, comme La ligue des super féministes, et illustre de bons documentaires ados sur des sujets spécifiques, comme Les règles…quelle aventure !

    • La maison d’édition de Mirion Malle, La ville brûle, est une maison d’édition à la ligne engagée, qui propose des ouvrages intéressants.

  • Les cœurs insolents, Ovidie & Audrey Lainé – 2021 : BD.

    Ovidie a écrit plusieurs BD cool ces derniers temps. Elle est ancienne actrice et réalisatrice de films X et est documentariste féministe. Elle est aussi docteure en lettres. Dans cette BD autobiographique, elle raconte son adolescence dans les années 90 (et ses premiers émois amoureux, sexuels, politiques) et la compare à celle de sa fille adolescente. À travers cette BD, elle fait donc un focus sur les années 90 et sur les zones de non-consentement, etc. C’est hyper intéressant, avec plein de réflexions. Les dessins sont beaux, avec de beaux choix de couleurs.

    • Elle a aussi écrit une autre BD sympa, Libres ! Manifeste pour s’affranchir des diktats sexuels illustrée par Diglee, qui a été adaptée en série animée sur Arte. Dix épisodes de 4mn, c’est drôle et ça démonte plusieurs clichés autour de la sexualité.

  • L’Âge de faire : Journal mensuel réalisé par une toute petite équipe, qui existe depuis 2005 et dont chaque n° coûte 2,5€. Lors de ses premières lectures il y a de nombreuses années, la personne présentant ce journal trouvait que c’était écolo-hippie un peu niais. Mais en fait, le journal a évolué avec le temps, ils ont mûri et ce qu’ils proposent est intéressant. Dans le n° de mars 2022, ils proposent un dossier autour de la question “Comment s’informer sans se laisser manipuler ?” Dans ce dossier, on trouve la carte réalisée et actualisée chaque année par Acrimed et Le monde diplomatique “Médias français : qui possède quoi ?”. Le dossier propose aussi une carte sur “La presse pas pareille”. Le format de ce journal est agréable, tout petit au début puis on le déplie et il devient grand.

  • Lip : Des héros ordinaires, Laurent Galandon & Damien Vidal : BD qui raconte l’histoire de l’usine Lip à Besançon dans les années 70.
    Les actionnaires décident un plan social, mais les ouvriers et ouvrières vont se mobiliser massivement : ils distribuent des tracts, etc. et petit à petit, leur mobilisation fait boule de neige. L’histoire est racontée du point de vue d’une des ouvrières, qui raconte ce combat, sa vie et ce que la lutte lui a apportée en terme d’émancipation. Les ouvriers et ouvrières ont décidé de reprendre l’usine et ont continué à produire et vendre des montres en autogestion, malgré le refus des actionnaires. Par la suite, l’entreprise a été reprise par d’autres actionnaires et l’autogestion a échouée, mais c’est une BD qui raconte une lutte passionnante. Il y a une préface de Jean-Luc Mélenchon.

    • Il existe deux documentaires intéressants autour de Lip : Les Lip : l’imagination au pouvoir de Christian Rouaud et Fils de Lip de Thomas Faverjon.

  • Dans la forêt, Jean Hegland – 2017 : Roman d’anticipation publié en 1996.
    C’est l’histoire de deux sœurs vivant à 50km de la 1ère ville du coin, aux États-Unis. Un jour, une catastrophe survient, et progressivement il n’y a plus d’énergie (plus d’électricité, etc.), donc de nombreuses facettes de l’existence s’arrête. Elles vont alors devoir apprendre à vivre dans la forêt, à être autonome. Un bouquin intéressant du fait du propos, de la relation des deux sœurs et parce que ces deux ados nous apprennent finalement plein de choses sur la vie. Un film a adapté ce roman,
    Into the forest avec Elliot Page et Evan Rachel Wood, mais il n’a pas l’air génial.

  • Absalon, Absalon !, William Faulkner : La personne présentant ce livre ne l’a pas encore achevé. Roman publié en 1936.

    Il s’agit d’une grande fresque d’une famille américaine, qui commence avant la guerre de Sécession et se termine après. C’est un roman très noir, qui parle de noirceur, de bassesse, de dureté de la vie dans le sud des États-Unis. Un homme arrive dans une ville moyenne, récupère un lopin de terre par des moyens pas très avouables et devient un notable → l’histoire tourne autour de lui mais n’est jamais centrée sur lui, car on suit d’autres personnages qui vont raconter leur vie, celle de ce personnage et comment il les a détruit. La caractéristique principale de ce livre : des phrases immenses avec des digressions géantes. Parfois, on perd le fil, identifier le narrateur n’est pas toujours facile (d’ailleurs, l’auteur précise parfois entre parenthèses qui est le narrateur) → il imite la façon de penser, ça donne un style au fil de l’eau. Parfois, un personnage raconte toute la vie du notable, puis quand un autre personnage prend la parole, on retourne au début de l’histoire mais d’un autre point de vue. Dur à lire mais passionnant.

  • Le général de l’armée morte, Ismaïl Kadaré : L’auteur est le plus célèbre des écrivains albanais, pressenti plusieurs fois pour le Nobel de littérature. Ce roman est son premier. Il raconte l’histoire d’un général de l’armée italienne qui, à la fin des années 50, se rend en Albanie accompagné d’un prêtre. Il a pour mission de récupérer à travers tout le pays les corps des soldats italiens morts lors de l’invasion de l’Albanie par l’armée fasciste en 1939, de les identifier et de les restituer à leurs familles en Italie. Au début, très enthousiaste car considérant sa mission comme noble, on le voit perdre progressivement de son entrain au fur et à mesure des difficultés et de l’hostilité silencieuse du peuple albanais qui n’a pas oublié les massacres d’il y a 20 ans. C’est un roman prenant, qui s’attache surtout à décrire une ambiance et comment cette ambiance (à travers le climat, les paysages, l’attitude des gens) pèse et écrase le général. C’est bien écrit, le style est fluide, c’est un rythme lent, il n’y a pas d’action. Ça permet aussi de décentrer un peu notre regard, en lisant un roman autour de la 2nd guerre mondiale mais qui se situe 20 ans après, et du point de vue des albanais et des italiens.

  • Défaire la tyrannie du présent, Jérôme Baschet : Essai. L’auteur est notamment connu pour avoir écrit sur la rébellion zapatiste. À partir de son expérience chez les zapatistes, il a aussi écrit ce livre sur la tyrannie du présent, dans laquelle nous vivrions : le monde occidental actuel est ancré dans le régime historique de la modernité, qui nous donne une conception du présent et de l’avenir centrée sur le progrès, source d’amélioration de la vie → sauf que cette conception s’est effondrée du fait de plusieurs événements. Désormais, on considère simplement qu’il n’y a pas d’autre monde possible que celui dans lequel nous vivons, même s’il est nul. Dans cet ouvrage, en plus d’analyser cela, l’auteur développe un imaginaire d’une temporalité plus désirable, en s’appuyant sur l’exemple des zapatistes. Lecture difficile car il faut tout redéfinir mais c’est bien car ça ouvre les imaginaires. Pour avoir de meilleures explications que ce résumé, rdv le 27/03 à Antigone pour la soirée consacrée à cet ouvrage !

    • Alessandro Pignocchi a écrit plusieurs bandes dessinées humoristiques, comme Petit traité d’écologie sauvage (+ des strips sur lundi matin) dans lesquelles il met notamment en scène un anthropologue jivaro qui analyse nos sociétés.

    • Le manifeste différentialiste, Henri Lefebvre : Ouvrage impossible à présenter mais c’est un peu le même principe que l’essai de J. Baschet, mais centré sur l’espace plutôt que sur le temps.

  • Spencer, Pablo Larraín : Film racontant l’histoire d’un repas de Noël dans la famille royale britannique du point de vue de Lady Di, alors en pleine tourmente et en conflit larvé. Ce film n’est pas un biopic et n’a donc aucune prétention historique, il s’agit d’une sorte de conte prenant place dans la période de tensions entre Lady Di et le reste de la famille royale. L’histoire flirte parfois avec le fantastique, en s’appuyant sur la tension et la paranoïa/folie (ou pas?) du personnage principal. La mise en scène et les grands plans sur des bâtiments majestueux, etc. renforce la sensation d’écrasement que ressent et nous transmet Lady Di. C’est une bonne surprise, un film qui propose une ambiance singulière.

  • Le berceau des dominations, Dorothée Dussy : L’autrice est anthropologue et a fait une étude sur l’inceste en se basant sur des données quantitatives ainsi que sur des entretiens menés en prison avec des incesteurs et des entretiens avec des incestés. Elle parle de pédagogie de l’écrasement dans les familles. Elle porte un regard critique sur les sciences sociales et utilise un langage plus familier, avec de l’humour pour permettre de gérer ce sujet très difficile. Elle a aussi un parti-pris : c’est assez étrange pour un livre scientifique. Elle analyse très bien les relations intra-familiales, remet en questions plusieurs idées pré-conçues (“pulsions” sexuelles, etc.) et la vision que l’on peut avoir de la famille. Elle décortique les procédures judiciaires et montre que, sans aveu, tout est mis en place pour déresponsabiliser les individus. C’est un très bon ouvrage, la façon dont elle rédige et dont elle transmet ses analyses est vraiment savoureuse.

    • Elle a fait un entretien pour le podcast Ou peut-être une nuit de Charlotte Pudlowski produit par Louie Média.

    • Un podcast à soi, podcast féministe, a proposé une émission sur l’inceste et la pédocriminalité. Dans une autre, plus récente, sur les hommes violents, la créatrice du podcast s’entretient avec, entre autres, des victimes et des auteurs de pédocriminalité incarcérés.

    • Festen, Thomas Vinterberg : Film qui raconte avec énormément d’humour noir une fête de famille qui dégénère lorsque le fils, en guise de toast en l’honneur de l’anniversaire de son père, [attention : divulgâchage juste après cette parenthèse] explique que celui-ci le violait ainsi que sa sœur jumelle désormais décédée.