Livraison de Août 2021

Les notes ci-dessous constituent un résumé de ce qui a été dit sur chaque titre, et non pas une retranscription complète des propos échangés.
  • Le photographe, Guibert, Lefèvre & Lemercier – 2003

     Bande dessinée, 3 tomes. Didier Lefèvre est photographe et a fait plusieurs voyages en Afghanistan. Cette BD raconte son premier voyage, en tant que photographe, dans le cadre d’une mission avec Médecins Sans Frontières. Ils voyageaient à travers le pays pour se rendre dans différents centres de soins. L’auteur raconte les traversées entre villages, les difficultés, etc. La particularité de cette BD, c’est qu’elle mélange dessins et photographies, prises par D. Lefèvre. On vit vraiment le voyage, les photos renforcent ce côté immersion. Vraiment chouette, assez intense.

  • Le conflit n’est pas une agression, Sarah Schulman – 2021

    Autrice canadienne qui montre dans cet ouvrage comment on a de plus en plus de mal à accepter les conflits, et la tendance à tout judiciariser. Elle s’appuie sur de nombreux exemples issus des milieux queer/gay/non binaire, car elle en vient. Elle constate aussi que ce phénomène de judiciarisation est en hausse dans les milieux militants, pourtant critique vis-à-vis de la justice, ainsi que dans les groupes politiques. Elle se centre donc, pour son analyse, sur le couple et les milieux militants. Hormis un chapitre qui prête à la controverse, c’est un ouvrage très intéressant car il reflète une tendance de la société, celle de la judiciarisation, en particulier de l’intime. Elle propose des pistes pour sortir de ces écueils.

    • Pour elles toutes : Femmes contre la prison, Gwénola Ricordeau – 2019 (En bibliothèque !)

      Dans cet ouvrage, l’autrice parle de ce phénomène de judiciarisation et du fait que l’État a une grille pour décider qui est le bourreau et qui est la victime. Elle défend le fait qu’aller voir la police se comprend dans des situations d’urgence, mais qu’il faut éviter que ce soit le premier réflexe, essayer d’autres solutions. Elle pense que la communauté devrait se sentir responsable de la protection des gens.

    • Kai Cheng Thom a écrjt plusieurs articles, entre autres sur comment, dans les communautés queer, un conflit peut être vécu comme un abus, du fait des traumatismes vécus par ces personnes.

  • La comédie humaine du travail, Danièle Linhart – 2015

    Sociologue du travail. Essai avec un travail d’écriture un peu narratif, où l’autrice emploie le “je” (c’est tiré d’une collection d’essai de ce type). D. Linhart part d’une expérience où ses travaux sur le management, présentés lors d’une conférence, ont été qualifiés par des cadres de France Télécom comme n’étant plus d’actualité, le management ayant changé entre temps. Elle commence par revenir sur le taylorisme et le fordisme, en analysant leurs caractéristiques, puis présente le management moderne (avec notamment l’individualisme et l’injonction au bonheur) et les similitudes qu’il entretient avec le taylorisme et le fordisme. Elle analyse en quoi le management moderne est aussi oppressant que par le passé. Facile à lire, bien chapitré, très intéressant, fait écho à des situations que l’on peut vivre au travail.

    • Les servitudes du bien-être au travail : Impact sur la santé, Sophie Le Garrec – 2021 : Recueil de textes parlant du bien-être au travail, des injonctions au bonheur, et de la servitude que cela induit. Il y a un texte de D. Linhart.

    • La raison des plus forts : Chroniques du procès France Télécom, Eric Beynel – 2020 : Ouvrage retraçant le procès France Télécom.

    • Débat dans l’émission Arrêt sur Images entre Danièle Linhart et Julia de Funès, où cette dernière semble considérer que le management a évolué et où elle ne remet pas en cause le concept de management.

    • Imaginer un salarié sans subordination, Danièle Linhart : Article écrit dans Le Monde Diplomatique en Juillet 2017. Il s’agit du meilleur article jamais écrit dans Le Diplo.

  • Dette : 5000 ans d’histoire, David Graeber – 2011

    L’auteur est anthropologue. Dans ce livre, il retrace l’histoire mondiale de la monnaie, du crédit et de la dette. Il découpe l’histoire en plusieurs parties : les grands empires, le Moyen Âge, la Renaissance, puis l’époque contemporaine et le retour du système de crédit. Il évoque le fait que les systèmes monétaires fonctionnent parce qu’on a confiance en eux. Un ouvrage vraiment intéressant pour avoir une perspective historique longue, constater qu’il existe des mécanismes qui durent et d’autres qui évoluent, etc. Par ailleurs, on connaît peu le fonctionnement de la monnaie, de la dette. C’est une lecture qui n’est pas facile, mais intéressante.

  • Peut-on être radical et pragmatique ?, Irène Pereira – 2009 (En bibliothtèque !)

  • Chercheuse à l’EHESS. Dans cet ouvrage, elle met le doigt sur une tension que l’on ressent intuitivement, et qu’elle formalise très bien. Elle commence par définir le pragmatisme. Elle note que certains milieux militants s’en revendiquent depuis des années, et dans un sens différent de celui utilisé par des personnalités politiques, elle l’appelle le pragmatisme philosophique. Elle montre ensuite que cette tension entre radicalité et pragmatisme existe depuis longtemps, en analysant le travail de plusieurs penseurs à l’aune de cette opposition (qu’est-ce-qui, dans leur pensée, est pragmatique ou radical et qu’est-ce qui s’y oppose) : Proudhon, Lénine, Trotski, Bakounine…Ouvrage intéressant, notamment dans son analyse des penseurs et des périodes révolutionnaires. Les critères qu’elle pose peuvent aider à se repérer, et elle démontre que ces deux concepts ne s’opposent pas et peuvent aller de pair.

  • La puissance des mères : Pour un nouveau sujet révolutionnaire, Fatima Ouassak – 2020 : Essai

    L’autrice fait partie d’un collectif, Le front de mères. Elle a participé à plusieurs luttes, comme celle des femmes qui ont lutté pour les cantines végétariennes. Elle raconte de façon concrète comment les luttes se déroulent, et toutes les oppositions auxquelles elle est confrontée car elle est perçue comme femme de quartier populaire et musulmane, et donc comme non légitime pour porter une revendication politique. Elle évoque également les enfants et à quel point ils ne sont pas perçus comme des enfants, en particulier dans les quartiers populaires, avec les violences policières. C’est un livre génial, elle évoque plein de luttes populaires et la place des femmes et des mères dans ces luttes. Elle a une approche globale et concrète des rapports de domination. Un reproche : elle dégage rapidement la critique qui lui a été faite de ne parler que des mères et pas des parents, sans expliquer pourquoi. Cet ouvrage a été présenté par Audrey Vernon sur sa chaîne Youtube.

    • Lâchez-nous l’utérus ! : En finir avec la charge maternelle, Fiona Schmidt – 2019

      Ouvrage contre les injonctions faites aux femmes, en particulier celles concernant la maternité et la soi-disant incompatibilité entre féminisme et maternité.

  • Moins qu’hier (plus que demain) + Zaï zaï zaï zaï, Fabcaro – 2018 : BD (En bibliothèque!)

    A découvert récemment les BD de Fabcaro et a beaucoup aimé l’humour absurde, qui passe très bien dans ce format. La première est composée de petites histoires drôles avec un couple différent à chaque fois. La seconde raconte l’histoire d’un auteur de BD qui veut faire des courses mais a oublié sa carte de fidélité, et qui s’enfuit lorsque le vigile veut l’arrêter.

    • Son roman Le discours est très drôle aussi.

  • Rêver l’obscur, Starhawk – 2015 : Essai écoféministe (En bibliothèque!)

    Lu dans le cadre d’un arpentage. Donne des conseils pratiques pour organiser efficacement des réunions. Elle explique également ce qu’est l’obscur, pourquoi il est nécessaire de le rêver. Il y avait pas mal de parties un peu ésotériques. C’était un ouvrage intéressant à découvrir dans le cadre d’un arpentage.