Livraison de Février 2021

Les notes ci-dessous sont un résumé de ce qui a été dit sur chaque titre, et non une retranscription complète des propos échangés.

  • La véritable histoire du dernier roi socialiste, Roy Lewis – 2017 : Auteur de Pourquoi j’ai mangé mon père.

    Le terme “socialiste” dans le titre est à prendre au sens anglo-saxon. Roman, uchronie. La révolution de 1848 est victorieuse, il n’y a pas eu de Restauration, en Angleterre les socialistes ont pris le pouvoir, mais pas la branche marxiste, la branche luddiste. Un siècle plus tard, au milieu du 20è siècle, le roi raconte l’histoire de cette société. Il s’agit d’un roi symbolique, qui n’a plus aucun pouvoir. Dans cette société, les nouvelles technologies sont aux mains d’une classe dominante, les citoyens n’y ont pas accès : pas d’électricité, etc. car le progrès technologique est vu avec méfiance par les dirigeants luddistes. Le seul “nouvel” outil autorisé est le vélo, qui commençait à se développer en 1848, car le gouvernement n’y a vu aucun point négatif. Les opposants au gouvernement sont le LNF (Laissez-Nous Faire). Il s’agit d’une critique des anti-technologies de l’époque. Roman super agréable à lire, avec le même ton que dans Pourquoi j’ai mangé mon père.

  • Starship Troopers, Paul Verhoeven – 1997 : Film inspiré d’un roman. Science-fiction.

    Les États-Unis dominent le monde entier et sont en guerre contre les arachnides, des insectes géants extra-terrestres. La société humaine est hyper-militarisée et personne n’est citoyen sans avoir fait son service militaire. Le héros est un fils de prof, il décide de faire son service militaire pour se rebeller contre ses parents, pacifistes, et pour chercher des sensations fortes. Le film est ultra-gore et bien cool. À l’époque de sa sortie, il a été jugé pro-militarisme. Il s’agit en réalité d’une satire, contrairement au roman dont il s’inspire. Ce dernier a été écrit pour faire l’éloge du militarisme et soutenir la guerre du Vietnam. L’auteur a d’ailleurs pris ses distances avec le film de P. Verhoeven. Dans le film, on voit régulièrement des spots publicitaires appelant au patriotisme, par exemple on voit des enfants “faire leur part” dans la guerre contre les arachnides en écrasant des blattes. Drôle et tourne efficacement en dérision cette société.

  • Le voleur, Georges Darien – 1955 : Roman.

    Fin du 19è. Georges Randal est un jeune homme de bonne famille, destiné à un avenir confortable grâce à l’héritage que ses parents lui laisseront. Sauf que ces derniers décèdent brutalement et que Georges, encore enfant, est placé sous la tutelle de son oncle. Ce dernier dilapide l’héritage de Georges pour s’enrichir et, lorsque celui-ci devient adulte, lui annonce qu’il ne lui reste rien. Georges décide alors de devenir voleur. Un roman divertissant et drôle, malgré quelques longueurs. Les aventures de Georges sont chouettes, avec des personnages à fort caractère et sans leçon de morale.

  • Aude Vidal: Autrice qui a notamment écrit trois petits livres qui parlent de l’individualisme : l’individualisme au travail (Le revenu garanti : une utopie libérale – 2020 – En Bibliothèque !), l’individualisme dans l’écologie (Egologie : Écologie, individualisme et course au bonheur – 2017 – En Bibliothèque !), l’individualisme dans le féminisme (La conjuration des ego : Féminismes et individualisme – 2019). Ce ne sont pas des livres très exigeants/pointus, il s’agit plutôt d’un panorama assez large autour d’un sujet. Ce sont des bouquins de critique, elle s’intéresse toujours à ce qui aliène certaines luttes.

    • Concernant le livre sur le revenu garanti, elle écrit une phrase erronée sur les positions de Friot, mais sinon la critique des différentes formes de revenu de base est intéressante.

  • Mon potager médiéval, Claire Lhermey – 2007

    Ce livre répond à plusieurs attentes → que l’on s’intéresse à la cuisine, au Moyen Âge ou au jardinage, on lui trouvera un intérêt. Cet ouvrage raconte comment les gens s’alimentaient à l’époque, et ça change des visions habituelles que l’on a du Moyen Âge (que ce soit la vision idéalisée, à base de grands rois…, ou celle d’une époque sombre et ignorante). On découvre les aliments consommés, ce qui était cultivé. De nombreuses recettes sont proposées et l’autrice raconte également les superstitions et interdits alimentaires de l’époque. On trouve la recette de l’hypocras et comment organiser une fête médiévale. Les illustrations sont très belles. Il ne s’agit pas d’un ouvrage scientifique pointu, mais de vulgarisation historique.

  • Olympe de Gouges, Catel & José-Louis Bocquet – 2012 – en bibliothèque ! : Bande dessinée

    Biographique sur Olympe de Gouges. C’est une bande dessinée volumineuse mais qui se lit très bien. Les auteurs reprennent toute la vie d’Olympe de Gouges, de sa naissance à son exécution, et parlent aussi un peu de sa mère. L’histoire est très centrée sur son engagement féministe et politique ainsi que sur ses écrits. Les dessins sont en noir et blanc, chaque chapitre commence par situer le lieu et la date de l’action. À la toute fin de la BD, des notes reprennent cette frise chronologique en précisant le contexte historique général. On trouve également à la fin de cet ouvrage des notices biographiques où tous les personnages évoqués au fil de l’histoire sont présentés. C’est un peu lourd après avoir lu la bande dessinée, mais ça permet de découvrir certaines figures historiques. Petit bémol: cette BD parle peu de l’année de la Révolution.

    • L’Émission Les Nuits de France Culture a récemment consacré un épisode à Olympe de Gouges.

  • Les mafieuses, Pascale Dietrich – 2020 : Roman policier.

    Grenoble, milieu de la mafia. Un des grands patrons de la mafia locale est à l’hôpital, dans le coma. Sa femme apprend que, sachant qu’il allait mourir, il a commandité son assassinat à un tueur à gages pour la faire disparaître avec lui. On suit donc l’histoire de cette femme et de ses deux filles (l’une qui travaille dans le milieu mafieux, l’autre qui tente de prendre ses distances en travaillant dans l’humanitaire) et leur enquête pour découvrir qui est l’assassin. Un roman sympa et comme il prend place à Grenoble, on reconnaît des lieux. Permet aussi de découvrir l’univers de ce milieu.

    • Mafiosa, Hugues Pagan – 2006 : Série produite par Canal +, terminée en 5 saisons, où on suit Sandra Paoli, qui hérite de la direction du clan Paoli, puissant clan mafieux corse. La première saison est pourrie, mais on peut en lire un résumé et attaquer directement à la saison 2, car les quatre autres saisons sont vraiment bien. Par ailleurs, elle est réputée assez crédible dans sa description du milieu mafieux corse.

  • 90 minutter, Eva Sørhaug – 2012 :

    Film norvégien qui parle des violences faites aux femmes, en particulier les violences conjugales. On suit trois hommes très différents et qui n’ont a priori rien à voir. Progressivement, on fait des liens entre les trois. Le film est fait pour être “regardable”, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de violence gratuite, la violence présente est là pour nous permettre de réfléchir, d’en tirer quelque chose. Parle de la possession et des relations de domination dans les couples.

  • Contre les livres : Brochure publiée en septembre 2020 par la maison d’édition Feu de paille.

    Il s’agit d’un pamphlet contre les livres, on se demande un peu si c’est du premier degré ou non en le lisant. Plusieurs arguments sont avancés, comme par exemple le fait qu’il y a trop de livres, que la production augmente chaque année et que c’est du gâchis ; que l’idée d’un livre est souvent plus intéressante que le livre lui-même ; qu’avoir des livres c’est montrer son capital culturel et son goût pour la propriété privée, etc. Graphiquement, c’est une belle brochure (osons: un beau livre !)

  • La guerre des mots, Selim Derkaoui & Nicolas Framont – 2020

    Le premier est journaliste, le second sociologue, et ils sont co-fondateurs du média en ligne Frustration. Ce livre est un aperçu et une analyse des mots-clés utilisés constamment dans le paysage médiatique et qui servent à masquer les réalités sociales : classe populaire, classe moyenne, charges patronales, société civile, France périphérique, égalité des chances, méritocratie, etc. Les auteurs évoquent aussi l’instrumentalisation de l’accusation de complotisme, qui est parfois utilisée à tort et à travers par la bourgeoisie pour discréditer toute opposition.

  • Rosa Candida, Audur Ava Ólafsdóttir – 2007 : Roman.

    L’histoire est celle d’un jeune de 22 ans qui quitte son île pour travailler dans une roseraie réputée sur le continent (les lieux géographiques précis ne sont jamais indiqués). On suit son parcours et on le voit évoluer, introverti et timide lorsqu’il est chez ses parents, il s’émancipe et gagne en maturité au fur et à mesure de son road trip. Un roman feel good!

  • 37° centigrades, Lino Aldani : Nouvelle, dystopie.

    Parle de la sécurité sociale et de l’obsession du contrôle. L’auteur, italien, a écrit ce livre 15ans avant la création de la Sécu italienne. Il imagine un monde dans lequel la Sécu est obligatoire pour tout le monde, mais en échange on est tout le temps contrôlé (alcool, cigarettes, sport…). Il y a des contrôleurs à chaque coin de rue. Un jour, le héros pète les plombs, compte tout ce qu’il aurait pu faire avec l’argent des cotisations s’il n’avait pas été obligé d’être solidaire. Pose la question de la société de contrôle sur le plan sanitaire mais aussi sur l’obligation de cotisation. On se demande ce que l’auteur en pense vraiment.

  • Les Indes fourbes, Alain Ayroles & Juanjo Guarnido : Bande dessinée. Il s’agit de la “suite” du roman El Buscón de Francisco de Quevedo y Villegas paru en 1626, mais il n’est pas nécessaire d’avoir lu ce dernier pour savourer cette BD, une brève explication est donnée au début de la BD. Cette suite raconte donc l’histoire de Don Pablos de Ségovie, une fripouille pleine de ressources qui décide de partir pour le Nouveau Monde, en Amérique du Sud, dans l’objectif d’y faire fortune. Les dessins et les couleurs sont magnifiques, l’histoire est divertissante, bien rythmée, et l’anti-héros attachant et détestable en même temps.

    • Arrête-moi si tu peux, Steven Spielberg – 2002

      Film avec Leonardo Di Caprio qui fait un peu penser à cette bande dessinée car le personnage principal prend différents rôles pour parvenir à ses fins. Il est suffisamment malin pour ne pas se faire attraper, un peu comme Don Pablos.

  • Irak, destruction d’une nation – 2021 : Film documentaire

    Diffusé sur France 5, disponible sur leur site et découpé en quatre parties d’une heure chacune. Le film commence avec les attentats de 2015 perpétrés par Daech puis remonte en 1979 et raconte, à partir de là, l’histoire de l’Irak : le rôle des États-Unis, de la France et de l’ONU, l’instrumentalisation de la religion par Sadam Hussein, etc. Il permet de comprendre les motivations qui se trouvaient derrière certaines décisions. Il y a plusieurs interviews de personnes concernées par l’histoire récente de l’Irak, en particulier des personnes envoyées par l’ONU sur le terrain et qui ont démissionné. Un film documentaire vraiment bien et intéressant, mais il est dommage que le contexte régional (relation avec l’Iran, etc.) soit si peu développé.