Livraison de Octobre 2020

  • L’École et les enfants de l’immigration, Abdelmalek Sayad – 2014 

    L’auteur est un sociologue de la fin du 20è siècle. Ce livre est une compilation d’articles inédits publiés après sa mort. Dans ces articles, il analyse les réactions de l’Éducation Nationale face à une augmentation du nombre d’enfants d’immigrés, comment elle s’adapte et les conséquences des choix pris sur la socialisation et le parcours scolaire de ces enfants. C’est très intéressant, l’auteur a une façon un peu ampoulée d’écrire mais c’est accessible. Très pertinent, même pour notre époque.

  • Peau d’homme, Hubert & Zanzim : Bande dessinée – 2020

    Une jeune fille, dans une époque ressemblant à la Renaissance, va être mariée à un homme qu’elle ne connaît pas, choisi par ses parents. Sa tante lui offre une peau d’homme, qui lui permet, lorsqu’elle la revêt, de devenir un homme et de faire tout ce que les hommes peuvent faire. Bande dessinée très cool, il y a toute une réflexion sur le genre, l’émancipation sexuelle, etc. Le propos est émancipateur. Par ailleurs, le fait de pouvoir devenir quelqu’un d’autre pendant un certain temps donne envie. Les dessins sont très beaux et ça se lit vite.

  • Betty Boob, Véro Cazot & Julie Rocheleau : Bande dessinée – 2017

    Il n’y a pas de texte, que des dessins. Une femme a un cancer du sein. Elle est opérée et amputée d’un sein. À partir de là, sa situation se casse la figure : son copain la quitte, elle perd son job…et puis, petit à petit, tout va s’améliorer. Les dessins sont très beaux, c’est une BD positive, émancipatrice, drôle malgré le sujet traité, qui donne la pêche et l’envie de se battre.

  • La salope éthique : Guide pratique pour des relations libres sereines, Dossie Easton & Janet W. Hardy – 2013

    Les autrices sont en relation libre depuis 40 ans. Ce livre parle de l’amour libre. Il est hyper intéressant, en particulier la partie sur la gestion de la jalousie et sur les discussions à plusieurs. Dans chaque partie, il y a de nombreux témoignages de personnes en amour libre. Toute la première partie est sur les sexualités rares, peu connues. Ça fait se questionner sur notre rapport à la sexualité et à l’amour, et permet de comprendre qu’il y a différentes façons de vivre à plusieurs.

  • Tristes campagnes, Bernard Charbonneau – 1973

    L’auteur analyse l’évolution des campagnes du Sud-Ouest et leur disparition. L’ouvrage est divisé en 3 parties : ce qui fut, ce qui est, ce qui sera. Style d’écriture très chouette, assez littéraire. Il y a toute une partie où il décrit la campagne d’une façon magnifique. Au début du livre figure une carte, très pratique pour situer les nombreuses villes évoquées.

  • Contes de l’Alhambra, Washington Irving – 19è siècle

    L’auteur a été ambassadeur en Andalousie au 19è siècle, il a vécu au château de l’Alhambra. Au début du livre, il raconte son arrivée dans la ville, son installation, et il insère de petit bouts de contes. Au fur et à mesure du récit, les contes prennent de plus en plus de place, pour finalement occuper toute la place. On passe donc avec finesse d’un récit de voyage à un recueil de contes, ces derniers étant ceux que les gens se racontaient lors de la période catholique de l’Andalousie, juste après la présence arabe dans cette région. C’est vraiment bien, ça fait un peu Contes des 1001 nuits.

  • Plein le dos, Collectif Plein le dos : Photos

    Gros livre de photographies représentant les dos des Gilets Jaunes. On peut voir les slogans inscrits par les Gilets Jaunes sur leur gilet. À la fin, il y a une note de l’éditeur dans laquelle les références utilisées pour certains slogans sont expliquées.

  • Un pays qui se tient sage, David Dufresne – 2020 : Film 

    Film documentaire qui passe au Club à l’heure où ce compte-rendu est rédigé. Des vidéos montrant des scènes de violences policières lors de différentes manifestations (Gilets Jaunes…) sont présentées à l’écran, puis des personnes réagissent à ce qu’elles viennent de voir. Ces personnes sont présentées uniquement lors du générique de fin, ce qui fait qu’on ne sait pas forcément qui elles sont lorsqu’elles prennent la parole (policier, manifestant, intellectuel…). C’est parfois un peu pointu quand ce sont des intellectuels qui s’expriment, mais c’est très intéressant.

  • Sortir de notre impuissance politique, Geoffroy de Lagasnerie – 2020 (En Bibliothèque !)

    Dans cet essai, l’auteur s’interroge sur notre façon de lutter, ce que ça dit de nous, les perspectives que l’on a de ces luttes. Par exemple, il considère que l’on parle trop des violences policières, et que ça efface d’autres sujets, comme les revendications des Gilets Jaunes. Il rejette les notions de “valeur”, d'”éthique”, pour lui ce qui est important c’est de se donner les moyens de gagner. Il considère également que nous sommes habitués à des non-défaites plus qu’à des victoires, et que les grèves, les manifestations et le nombre sont des stratégies inefficaces. Pour lui, il faut conquérir le temps politique, mettre nos sujets sur la table et forcer l’État à réagir plutôt que l’inverse, sinon on se retrouve à défendre des systèmes pourris pour éviter pire encore. Il défend l’entrisme. Un livre intéressant même si certains propos piquent. Ça donne matière à réflexion.

    • Geoffroy de Lagasnerie a été interviewé par Nicolas Demorand et Léa Salamé sur France Inter. L’interview dure 24mn, c’est un résumé de ce qu’il aborde dans son ouvrage.

    • Il a également été interviewé sur Interdit d’Interdire.

  • Nanarwars : Quand les grands succès d’Hollywood se font plagier, Emmanuel Prelle & Emmanuel Vincenot – 2017

    Ce livre présente tous les nanars plagiant des blockbusters hollywoodiens. Par exemple, il présente un nanar brésilien plagiant Les dents de la mer (avec une morue géante à la place du requin), un film turc de 1972 où il y a le premier crossover de l’histoire de la franchise cinématographique Marvel avec Spiderman, Captain America et un catcheur mexicain.

  • V pour Vendetta, David Lloyd & Alan Moore – 1982-1990: Comics (En Bibliothèque !)

    Fin des années 90. Suite à une élection, l’Angleterre a basculé dans un régime fasciste avec système de surveillance orwellien. L’histoire commence avec une jeune femme, Evey, qui essaye de se prostituer pour la première fois. Sauf qu’elle propose ses services à un policier, qui appelle ses collègues cachés un peu plus loin. Ils s’apprêtent à la violer avant de l’assassiner lorsqu’un homme, le visage masqué, les tue et fuit avec Evey. Cette dernière décide d’aider cet homme, qui se fait appeler V, dans sa bataille contre le régime. Mais, peu à peu, elle s’interroge sur les méthodes employées par V et ses motivations. On suit également la police dans son enquête pour attraper V. Le scénario est passionnant et bien ficelé. Comme Evey, on s’interroge en permanence sur les motivations de V (vengeance personnelle, vision politique… ?). Au début de l’histoire, il est un peu difficile de reconnaître les personnages, qui sont nombreux, mais ça vient avec le temps.

  • Avec les damnés, Charles Bukowski – 2002

    Auteur né en Allemagne en 1920, ses parents partent aux États-Unis lorsqu’il a 2 ans. Il entretient des rapports compliqués avec ses parents. À 18 ans, il quitte sa famille et part sur les routes. Il vit alors l’inverse du rêve américain : errance, alcool, courses de chevaux… En parallèle, il écrit beaucoup, notamment de la poésie, car il en a un besoin viscéral. Un jour, il rencontre un éditeur qui lui propose de le faire vivre modestement pour se consacrer à l’écriture. Il quitte alors un travail alimentaire pour ne faire qu’écrire. Et ça marche. Ce livre est une compilation de poèmes, de nouvelles et d’extraits des romans qu’il a créés.

  • Le grand méchant renard, Benjamin Renner – 2017 : Bande dessinée jeunesse (En Bibliothèque !)

    Un renard essaye de capturer des poules pour les manger, mais il échoue à chaque fois, les poules le martyrisent car trop gentil et pas assez violent/effrayant. Le loup lui propose alors une stratégie : dérober des œufs dans le poulailler, les couver, les élever et, une fois les poussins suffisamment gros, les dévorer. Le renard dérobe et couve donc 3 œufs, puis élève les poussins. Mais ces derniers lui font la misère, le prennent pour leur mère et, surtout, le renard s’attache aux poussins. Une BD drôle et entraînante, avec des dessins colorés et mignons. Un bon moment.

  • Un printemps sans révolte, Mathieu Bertrand – 2020 : Bande dessinée humoristique auto-éditée.

    Elle parle du quotidien pendant le confinement à Lyon : l’auteur a réalisé un dessin par jour sur un thème imposé par un collectif, autour du confinement. BD feel good. De temps en temps il aborde des sujets politiques avec une vision gauchiste.

  • Murder falcon, Daniel Warren Johnson & Mike Spicer – 2020 : Comics

    C’est comme si l’univers de Pokémon rencontrait celui du métal. Jack plaque tout (groupe de musique, etc.). Un jour, il se fait agresser par une bestiole géante. Un grand faucon apparaît alors et le sauve : il s’agit du Murder Falcon, qui apprend à Jack que ce dernier a le pouvoir de l’invoquer en jouant du métal sur sa guitare. Il a une mission, celle de combattre le Murder Chaos, un monstre qui veut envahir le monde. Jack reforme alors son groupe de musique, car seuls les musiciens peuvent lutter contre les créatures envoyés par le Murder Chaos. Les dessins de ce comics sont pas mal, il y a beaucoup de scènes d’action, des punchlines marrantes, des scènes absurdes.