Livraison de Septembre 2020

  • Contre l’alternumérisme, Julia Lainae et Nicolas Alep – 2020 : Essai

    Les auteurs prennent parti contre l’alternumérisme en expliquant qu‘un nombre croissant de personnes prend conscience du fait que le numérique est source de nombreux problèmes (écologiques, etc.) mais que, paradoxalement, les solutions proposées viennent uniquement du numérique. Livre court et qui fait bien le tour du sujet. Il commence avec un chapitre sur le désastre écologique qu’est le numérique. Il y a également des analyses plus techniques, par exemple sur les logiciels libres. Les auteurs parlent aussi du courant du minimalisme numérique.

  • Le jardin de Babylone, Bernard Charbonneau – 1969

    Il s’agit d’un des pionniers de l‘écologie, avant l’écologie politique et les grands mouvements (anti-nucléaire, etc.). C’est un pamphlet. Le ton fait un peu papy ronchon qui dit que c’était mieux avant, mais à l’époque c’était novateur et ça se lit bien, c’est plaisant. C’est assez éclairant sur le fait qu’on est passé du mythe de la nature (avec un côté bucolique, etc.) à celui du progrès technologique, ce dernier étant une notion impossible à remettre en cause/questionner.

  • Livre inconnu (titre et auteur oubliés par la personne présentant cet ouvrage…peut-être Royaumes d’aventure de Bruno Fuligni)

Atlas des micro nations, c’est-à-dire des pays qui n’ont pas été reconnus, divisé en 3 parties : les empires du passé, les États insulaires où les gens ont proclamé leur propre État, les micro nations. L’Atlas en présente de nombreuses, par exemple, en Autriche, un artiste qui vivait dans une sphère l’a proclamé État ambulant car sa sphère n’était pas sur le sol de l’Autriche (mais au-dessus). Un ouvrage qui permet de découvrir des histoires insolites.

L’auteur est un ancien philosophe qui tient désormais un blog BD et écrit des bandes

dessinées. Dans celle-ci, il raconte ce qu’il a vécu lorsqu’il s’est rendu à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes et le rapport à la nature qu’ont les zadistes. Les dessins à l’aquarelle sont très beaux. Le ton humoristique et l’auto-dérision de l’auteur aident à s’identifier à lui et à partager son vécu : il ne se pose pas en expert ou en militant aguerri, mais au contraire en personne qui découvre un univers avec un œil un peu innocent. Ça donne envie de tout plaquer pour partir sur une ZAD.

Autre avis sur cette BD:

La façon dont il aborde un sujet casse-gueule, en montrant les affrontements violents avec la police et en même temps le dévouement joyeux des zadistes qui s’en prennent pourtant plein la gueule, est époustouflante. Cette BD est pleine de poésie, il y a un bon équilibre entre le propos très politique et la poésie de la vie des zadistes et de la nature.

  • Miss Davis, Sybille Titeux de la Croix & Ameziane Hammouche – 2020 : BD

Bande dessinée biographique sur Angela Davis. 

Il y a peu, la personne présentant cette bande dessinée a lu Rosa la rouge de Kate Evans, une bande dessinée biographique sur Rosa Luxemburg. Dans cette dernière, on suit la vie de R.L depuis son enfance, comme si on se trouvait derrière son épaule, ce qui n’a pas trop de sens car on ne connaît pas tous les détails de sa vie. La distance avec le personnage et son traitement ne fonctionnent pas. Dans Miss Davis, par contre, la narration est excellente. Dans la première partie de cette BD, on suit une camarade de classe d’Angela Davis et non cette dernière, ce qui permet de considérer leurs différences sociales en plus de la conditions des Noirs. Ce procédé narratif où l’on suit des tiers permet au final de mieux saisir le personnage : meilleur procédé narratif, plus original et qui apporte beaucoup.

Autre avis sur Rosa la rouge de Kate Evans – 2017 : BD

A été très touchée par le personnage. Le fait que la narration soit très classique est important pour découvrir qui est Rosa Luxemburg, sa personnalité, etc. → c’est une aide. La façon dont certains moments très politiques sont rendus poétiques, comme son emprisonnement, est impressionnante.

Auteur portugais. Roman qui fait écho à un autre de ses romans, L’aveuglement. Dimanche, jour de vote, il pleut. Problème : à midi, presque personne n’a voté, les médias s’affolent. Les gens se déplacent en nombre l’après-midi mais, lors du dépouillement, on réalise que 83 % d’entre eux ont voté blanc. Le gouvernement proclame alors l’état de siège et décide de quitter la ville et de laisser les gens se débrouiller, convaincu que ceux et celles qui ont voté blanc comprendront leur erreur, tout en empêchant les 17 % de gens n’ayant pas voté blanc de quitter la ville afin de créer des tensions. Sauf que les gens vont s’organiser et créer une belle anarchie. En parallèle, une enquête va être menée pour comprendre pourquoi les gens ont massivement voté blanc. Le style d’écriture peut être très déroutant car il y peu de ponctuation (pas de guillemet ni de tiret pour les dialogues, pas de point d’exclamation/d’interrogation…) mais on s’y fait. Il faut prendre son temps pour lire ce roman, car il y a quelques belles saillies et de quoi réfléchir.

Film, suite du premier Gremlins, souvent considéré comme une mauvaise suite, mais c’est dommage. Le réalisateur, Joe Dante, est un passionné de cinéma depuis son enfance. La production et le merchandising du premier Gremlins l’ont lessivé et il ne voulait pas faire une suite. La boîte de production lui a alors laissé carte blanche, il a accepté et s’est fait plaisir. Le film commence avec la démolition de la boutique dans laquelle était Gizmo, qui s’échappe mais se fait capturer par un homme qui bosse pour un savant fou dans une tour. Dans cette suite, le réalisateur casse les codes du premier et s’inspire beaucoup des cartoons (notamment les bruitages). Le film est super drôle et créatif, il tacle un peu les sociétés de production, les médias…dommage qu’il ait été oublié.

Ouvrage sur le chamanisme celtique, qui explique comment les arbres sont le support de pratiques chamaniques contemporaines. Ça fait un peu “chamanisme pour les nuls”, car c’est décrit d’une manière un peu naïve. Il y a une description des arbres, de leur signification et des rituels chamaniques qui produiraient une sorte de médecine. Par exemple, essayer de fusionner avec un arbre, sentir quelles sont les différentes choses qui l’affectent, la circulation dans les racines… Il y a de très belles illustrations. C’est un peu comme si les images étaient censées appeler à une sorte d’émotion/vénération envers les arbres. A l’impression que ça interroge sur nos relations au vivant.

L’architecte autrichien Hundertwasser a inventé le statut de “l’arbre locataire” : la nature est toujours très présente dans ses créations et, au milieu de certains des immeubles qu’il a créés, il y a un arbre dont les besoins vont être au centre de la vie de l’immeuble : une personne est chargée de représenter l’arbre lors des réunions de copropriétés pour défendre ses besoins, qui sont pris en considérations au même plan que ceux des autres habitants.

Phoolan Devi : Reine des bandits, Claire Fauvel – 2018 : BD

Bande dessinée biographique sur une femme indienne devenue ministre.

Cette bande dessinée ne présente pas l’ensemble de la vie de Phoolan Devi, juste la partie sur son mariage forcée à l’âge de 12 ans et sa révolte.

 

Bande dessinée autobiographique dans laquelle l’autrice revient sur son enfance et sur le fait qu’elle a toujours été considérée (et s’est toujours considérée) comme un garçon manqué. Cette BD est un peu simpliste et assez classique, il n’y a pas trop d’analyse, c’est un témoignage. Son statut de garçon manqué est très centré sur son style vestimentaire, ses activités, sa difficulté à nouer des amitiés avec des garçons à partir de l’adolescence, il n’y a pas de réflexion sur l’orientation sexuelle, l’identité de genre… Mais l’air de rien, cette BD suscite de nombreuses questions. La fin est pas mal, c’est un clin d’œil sur son comportement et son style vestimentaire actuels. C’est intéressant, pas exaltant mais ça pose bien les choses.

Article du numéro de juillet 2020 du Monde diplomatique sur les violences policières. Dans cet article, l’auteur parle notamment de l’importance du taux de syndicalisation dans la police et de la force des syndicats, qui ont un grand pouvoir d’influence. Il parle également du fichier TAJ (Traitement d’antécédents judiciaires), dans lequel figure environ 30 % de la population française.

Une maladie mystérieuse se développe dans le monde et endort les femmes. Un cocon les enveloppe et, si on l’arrache, elles se réveillent et deviennent extrêmement violentes. Les femmes endormies par cette maladie se retrouvent dans un monde “rêvé”, dans lequel il n’y a pas d’hommes. Et nous suivons en parallèle ce qui se passe dans le monde réel où il n’y a presque plus de femmes. Il y a plusieurs personnages archétypaux. Aime bien le style d’écriture de Stephen King, c’était un bon bouquin de vacances.