Livraison d’Aout 2020

  • À l’état de nature, Damon Knight : [en cours de lecture] Nouvelle, SF. Écrite en 1954. États-Unis, les citadins se rendent compte qu’ils ne vont plus pouvoir vivre car les villes dépérissent, les gens ne viennent plus, la société de consommation périclite. À la campagne, les “bourbeux” vivent dans des communautés. Les citadins envoient un acteur de cinéma leur vendre des outils (voiture, etc.), afin de leur créer des besoins et relancer la société de consommation. Mais les bourbeux, eux, veulent le convertir à leur mode de vie. C’est vraiment génial, très touchant. Et assez incroyable de constater que ça a été écrit en 1954.

  • La vague montante, Marion Zimmer Bradley : Nouvelle, SF, tirée de la collection Dyschroniques de la maison d’édition Le passager clandestin (tout comme À l’état de nature). Il s’agit d’une collection où sont rééditées des nouvelles de SF qui étaient visionnaires/interrogent la société. Dans celle-ci, une expédition spatiale en route pour Alpha du Centaure tombe en panne. Le temps de réparer le vaisseau et de revenir sur Terre, plusieurs siècles sont passés et la société industrielle s’est effondrée. La Terre est majoritairement campagnarde, avec de petits villages liés les uns aux autres. La société est organisée de façon autogérée, par exemple les gens viennent aider à construire la maison des nouveaux habitants, etc. Quand un village devient trop grand, des gens partent. Les membres de l’équipage, face à cette nouvelle société, réagissent différemment, et se pose à eux la questions de la réintroduction de la technique : comment et dans quelle mesure réintroduire des techniques que les êtres humains ne maîtrisent plus, mais qu’eux connaissent ? Cette nouvelle pose la question du rapport à la technologie et critique aussi les anti-tech. Dans la collection Dyschroniques, d’autres ouvrages sont bien, comme Vent d’est, vent d’ouest de Franck M. Robinson (un monde où les voitures n’existent plus, sauf dans les musées).

  • Le français est à nous !, Maria Candea et Laélia Véron : Essai de deux linguistes françaises qui partent du constat, souvent énoncé, que le français est menacé et que les jeunes ne le maîtrisent plus. Elles attaquent cette hypothèse à travers différents thèmes, par exemple c’est quoi aimer une langue, le lien entre la langue française et le colonialisme (et l’impact du français sur les langues autochtones), etc. Les autrices égratignent un peu l’Académie Française et rappellent qu’une langue évolue en fonction de la façon dont les gens parlent. Vulgarisation, plaisant à lire, fait tomber certains tabous (on serait en train de vivre une féminisation du français…). Permet de se réconcilier avec le français quand on a souffert avec cette langue, par exemple à l’école.

  • Algues vertes : l’histoire interdite, Inès Léraud & Pierre Van Hove : Inès Léraud, scénariste de cette bande dessinée, est journaliste indépendante. Elle est allée plusieurs mois en Bretagne pour documenter le sujet des algues vertes, et cette BD présente le résultat de ses recherches : l’origine des algues vertes, leur danger, l’inaction de l’État, etc. Il y a une bibliographie très sympa à la fin de la bande dessinée, où elle liste les documents sur lesquels elle s’est appuyée. BD très intéressante et très documentée.

  • Journal breton : figure parmi les documents listés en bibliographie, il s’agit d’un reportage radio d’Inès Léraud sur France Culture.

  • Les paysans de Citroën, Hubert Budor : figure parmi les documents listés en bibliographie. Il s’agit d’un film documentaire sur l’arrivage de la première usine Citroën en Bretagne. À l’époque, l’agriculture bretonne est composée de nombreux petits paysans possédant de petites parcelles. L’État décide alors qu’il faut passer à de grandes cultures, pour nourrir toute la France. Il propose donc aux paysans de rejoindre l’usine, en rachetant leurs terres pour les revendre à d’autres paysans, et ainsi former des exploitations agricoles plus grandes.

  • Un député à…la ferme, François Ruffin : Livre très intéressant autour de l’agriculture, écrit par François Ruffin après s’être rendu à la rencontre des agriculteurs et agricultrices en tant que député.

  • Là où se termine la terre, Alain & Désirée Frappier : Bande dessinée historique. Témoignage de Pedro, chilien exilé en France, qui raconte son enfance, son adolescence et ses premières années de jeune adulte au Chili, de 1948 à 1970 (avant le coup d’État). À travers son histoire et son parcours politique, c’est celle du Chili pendant ces années qui est racontée (avec en fond la guerre froide, la révolution cubaine…). Le dessin est en noir & blanc, simple mais efficace, il sert bien le propos et l’ambiance de l’histoire. Dense, poétique, pas morose même si certains événements sont durs.

  • J’espérons que je m’en sortira, Marcello d’Orta : L’auteur est instituteur, cet ouvrage est une compilation de rédactions écrites par ses élèves de CM1-CM2 d’Arzano, à côté de Naples, entre 1986 et 1988. Un ouvrage stupéfiant, car en découvrant la situation décrite par les enfants dans leurs rédactions et la misère dans laquelle ils vivent, on imagine pas que ce soit en Italie et dans les années 80. Ce sont des textes touchants.

  • Vaincre Macron, Bernard Friot : Essai de 123 pages. Le sujet du livre est un peu un prétexte pour l’auteur, lui permettant d’exposer ses thèses. Bernard Friot est un chercheur communiste en économie et en sociologie. Sa spécialité est la question du travail. Livre de vulgarisation, parfois un peu pénible à lire car il se répète et c’est un peu difficile à comprendre par moment. La thèse principale de ce livre est qu’on ne peut pas vaincre Macron et son monde avec une stratégie de défense, il faut une stratégie d’attaque, proposer une nouvelle société à la place de la société capitaliste. Or, nous avons déjà des germes d’organisation communiste de la société dans la nôtre, avec la sécurité sociale → pour Friot, il faut étendre cette organisation à tous les domaines. Il défend notamment l’idée de salaire à la qualification (opposé au revenu universel), la propriété collective des moyens de production où les travailleurs sont décideurs, la création de différentes caisses (des salaires, etc.) auxquelles les entreprises vont verser l’argent tiré de la vente de leur production, les caisses étant ensuite chargées de le redistribuer (=par exemple, ce n’est plus l’entreprise qui distribue le salaire aux travailleurs et travailleuses, c’est la caisse des salaires).

    • Toutes les conférences de Bernard Friot organisées à Antigone sont en ligne. Il est parfois plus simple d’écouter Bernard Friot que de le lire, surtout que certains de ses ouvrages sont volumineux.

    • Frédéric Lordon a publié récemment sur son blog deux articles qui se suivent où il explore les propositions de Bernard Friot et en analyse la possibilité de réalisation politique : Ouvertures et Fermer la finance.

    • Démocratie(s) ?, Data Gueule : Film documentaire sur la démocratie autogérée, très intéressant.

      • Concernant les vidéos de Data Gueule en général, il faut faire attention, beaucoup de partialité sur les chiffres et les faits présentés : ils en occultent certains, ça se voit beaucoup avec la vidéo sur la psychodynamie.

    • Ne pas regarder la vidéo de Bernard Friot sur Thinkerview, c’est une des plus mauvaises interviews de Friot, l’animateur est odieux et ne sait pas de quoi il parle.

  • Libres d’obéir : Le management du nazisme à aujourd’hui, Johann Chapoutot : [en cours de lecture] L’objectif de l’auteur est d’étudier un économiste allemand, Reinhard Höhn, qui est entré dans le IIIè Reich, a eu une grande influence, il a d’ailleurs terminé général en 1945. Il était responsable de l’économie sous le régime nazi et cherchait notamment à trouver le moyen de gérer un empire en expansion avec moins de main-d’œuvre, les hommes étant à la guerre → comment faire plus avec moins ? Apres Guerre, il fonde un institue de Management a Bad Harzburg et y forme des quantite de cadre d’entreprise jusque dans les annees 1980. Pour Höhn, il ne faut aucune règle, tout gérer au cas par cas. Par ailleurs, il rejette l’État car il s’agit d’une structure trop statique. Dans l’idéologie nazie, le führer n’est pas un chef mais un guide, les gens sont d’accord pour aller dans la même direction, celle indiquée par le führer (=libre d’obéir). Ce livre est glaçant, car les situations décrites font écho au fonctionnement des entreprises actuellement, voire même de la société. L’auteur de ce livre parle également du terme “national-socialisme” et explique que la composante “socialiste” était calculée et n’avait pas d’autres buts que de rallier les travailleurs et travailleuses.

  • Rapport de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France sur la gestion de la crise du Covid-19 : Dans ce rapport, la fédération explique pourquoi la gestion a été mauvaise et pourquoi les pompiers n’ont pas été réactifs (ordres contradictoires, etc.). Rapport passionnant, il fait environ 180 pages.

  • Brise-glace : Podcast proposé par le journal suisse francophone Le Temps. Chaque épisode dure 30 minutes. Une personne vient témoigner de son parcours “atypique”, raconte son histoire. Il s’agit de témoignages plus ou moins léger (un jeune homme qui choisit de devenir prêtre, une maîtresse BDSM, une jeune femme victime de trichotillomanie, un homme dont la femme et la fille se sont suicidées…). L’animatrice intervient peu, simplement pour relancer le récit, parfois demander des précisions, la personne est donc libre de développer sans être coupée tout le temps. Il n’y a pas de jugement ni de volonté de généraliser, juste des témoignages individuels, la volonté de mieux faire connaître une situation. Agréable à écouter, permet de découvrir des expériences/vécus/façons de vivre parfois éloignés de la nôtre.

  • Les Pieds sur terre : Émission de France Culture qui ressemble à Brise-glace. Chaque émission dure 30mn.

  • LSD : Émission de France Culture sous forme de série composée de 4 épisodes d’une heure où tout un tas d’acteurs sont interviewés autour d’un sujet, par exemple la création du parc de la Vanoise. Pas de voix off, juste un montage et un agencement de témoignages/prises de parole. Les quatre épisodes consacrés à l’avortement en France, publiés en mars 2020, sont très intéressant.

  • Martin sexe faible : Mini-série assez inégale mais certains épisodes sont vraiment très bien. La domination homme/femme est inversée dans cette société (ce sont les femmes qui dominent la société). Certains épisodes sont de grosses claques, même en étant bien renseigné sur le sujet, en militant, etc., voir certaines situations inversées, ça chamboule, ça semble presque exagéré mais on réalise que non, ça se passe vraiment comme cela. Chaque épisode dure quelques minutes.