Livraison de juin 2020

  • Audrey Vernon : Youtubeuse ayant peu de succès. Elle a posté plein de vidéos peu visionnées dans lesquelles elle fait un échangisme littéraire toute seule : elle parle de ses dernières lectures. Comme elle est en train de préparer un spectacle sur la fonction de la guerre dans le capitalisme, elle lit plein de bouquins radicaux sur le sujet. Les vidéos sont assez longues et pas très travaillées techniquement, mais c’est intéressant, façon fiche de lecture, avec des citations, etc.

    • Un héritage empoisonné, Isabelle Masson-Loodts : Film documentaire réalisé par une historienne, qui se rend dans la Meuse, près de Verdun, et élabore un parallèle entre la gestion des rebuts de la première guerre mondiale et l’enfouissement des déchets nucléaires de nos jours. Ça parle beaucoup de la mémoire.

  • Mes seuls dieux, Anjana Appachana : Recueil de nouvelles. En quelques pages, l’autrice crée des personnages hyper vivants et profonds, souvent des femmes face aux normes sociales (famille, mariage), mais pas seulement. Il y a un personnage trop drôle, tire-au-flanc exemplaire qui fait craquer tout le système d’une entreprise et s’éprend de la DRH. Entre chronique et critique sensible de la société indienne contemporaine, et réflexion très subtile sur les tiraillements individu-groupe, tradition-modernité.

    • L’Équilibre du monde, Rohinton Mistry : Roman qui se déroule en Inde et dans lequel on suit des gens majoritairement pauvres et en grande difficulté, des mendiants, etc. Un roman assez réaliste, qui dépeint des situations très dures et la complexité de la société indienne.

    • The lunchbox, Ritesh Batra : Film indien, qui prend place dans les familles modestes indiennes. En Inde, les femmes préparent souvent des repas qu’elles font livrer à leur mari au travail. Un jour, un homme reçoit une lunchbox, et il s’aperçoit que le livreur s’est trompé et que ce n’est pas celle de sa femme. La femme s’en aperçoit aussi, et glisse un mot dans la prochaine lunchbox pour tenter d’entrer en contact. Très beau film.

  • Dernière sommation, David Dufresne : Roman, autofiction car ça semble être son histoire racontée sous le nom d’un autre. Il raconte son parcours, pourquoi il a décidé de faire des signalements des violences policières, comment il vit tout cela. C’est intéressant, il utilise la fiction pour raconter ce qu’il ne pourrait pas forcément dire vraiment. Permet de connaître son point de vue.

  • À l’aube des ténèbres, Fritz Leiber : Roman des années 50, science-fiction. Raconte la prise de pouvoir d’une association de scientifiques et de religieux.

  • Famille, Pa Kin : Roman. Histoire d’une famille chinoise traditionnelle au début du 20è siècle, avec toutes ses contraintes. Quatre générations vivent ensemble, on voit la vie de cette famille riche et c’est assez terrible.

  • L’insurgé, Jules Vallès : Troisième tome de sa trilogie autobiographique, inachevé et reconstitué après sa mort. L’histoire se déroule en 1840-1870. Comme ses parents, Vallès devient professeur, mais il hait les professeurs, ne les supporte pas. Il rencontre de nombreux intellectuels et échange avec eux. Il raconte son rapport à cela, et aussi ce qu’il a vécu pendant la Commune. Son style d’écriture est spécial, les phrases sont sèches.

  • L’Abbé Pierre et l’espoir d’Emmaüs, Benoît Marchon & Léo Beker : Bande dessinée. Elle raconte la vie de l’abbé Pierre et la création d’Emmaüs. Il y a des citations intéressantes de l’abbé Pierre sur la misère, les riches…mais dans l’ensemble, ce n’est pas terrible.

  • Mr Robot, Sam Esmail : Série, quatre saisons composées de 10 à 13 épisodes d’environ 50mn chacun. L’histoire est celle d’Elliot, qui travaille dans une entreprise de cybersécurité le jour et joue le rôle de justicier hacker la nuit. Il rêve de changer la société, notamment en faisant tomber E-corp, conglomérat qui contrôle tout (banque, assurance, immobilier, supermarchés…). Un jour, un homme surnommé Mr Robot lui propose de rejoindre un groupe de hacker déterminé à faire tomber E-corp. Une série maîtrisée de bout en bout, on voit que le réalisateur savait où il allait dès le début. Techniquement, c’est très travaillé avec beaucoup de référence à Fincher, comme Fight Club. Le rapport au spectateur, considéré comme un personnage, est vraiment génial. La performance de l’acteur principal, Rami Malek, est top, et tous les personnages sont attachants ou intrigants. Les thématiques sont vraiment intéressantes. Par contre, il y a trop de placement de produits, et il faut être patient car des éléments ne sont expliqués parfois qu’une ou deux saisons plus tard.

    • Fleabag, Phoebe Waller-Bridge : Série terminée en deux saisons, 6 épisodes de 20mn à chaque fois. Mi-comédie, mi-drame. Une trentenaire britannique vient de perdre sa meilleure pote, et ça raconte la vie de cette trentenaire. Le personnage est hyper attachant, il y a un jeu avec la caméra et le spectateur.

    • Black Mirror, Charlie Brooker : Série, cinq saisons actuellement. Dystopie réaliste car elle s’inspire de technologies existantes ou qui pourraient l’être.

  • Stark, Edward Bunker : Premier roman de l’auteur, qui a fait de la prison. Il a écrit ce livre en terminant son quatrième séjour en prison, dans les années 60. On suit un camé emmerdé par un flic, qui lui demande de trouver le grossiste de son dealer. Le camé essaye de s’en sortir en louvoyant entre son dealer et le policier. Pas mal, mais pas très original de nos jours. Ce roman a été préfacé par James Ellroy.

  • L’essentiel des gouines à suivre, Alison Bechdel : Recueil BD, il s’agit de strips d’une page initialement publiés dans un journal des années 80 jusqu’en 2008, qui suivent un groupe de lesbiennes aux caractères bien trempés. Hyper attachantes mais aussi (im)pertinentes. Regard super pointu sur l’actualité US au fil de l’histoire et luttes LGBTQI+ et afro, ça déchire !

  • Borroka, Collectif Mauvaise Troupe : Abécédaire du Pays basque insoumis. Livre court et illustré. Le collectif a séjourné au Pays basque et a interrogé des gens sur l’histoire du Pays basque. Chaque récit/témoignage commence par une photographie. Ça montre la spécificité du Pays basque, et certains mots sont traduits et expliqués.

  • The Truman show, Peter Weir : Film. Mentionné dans l’émission de France Culture Les chemins de la philosophie, dans les épisodes consacrés à Spinoza. A donc revu le film en gardant en tête le prisme d’analyse proposé par l’émission (liberté et déterminisme et la difficulté à s’en détacher). Effectivement, on dirait que le réalisateur a réfléchi à ses questions. L’histoire, en restant vague pour ne rien divulgâcher, est celle d’un homme qui se trouve dans un monde très stéréotypé, et le film nous montre comment il évolue dans ce monde, réagit à des choses qu’il ne comprend pas forcément, et comment ce monde interagit avec lui. Cet homme est déterminé par son environnement et le but de ce dernier est de déterminer cet individu.

  • Mon petit quotidien : Journal quotidien jeunesse, destiné aux enfants en école élémentaire. Il s’agit d’un numéro consacré aux gilets jaunes. Le slogan du journal est “100 % faits, 0 % opinion”. L’article sur les gilets jaunes est rédigé sous forme de questions-réponses, et on peut mettre en doute l’affirmation du 0 % opinion lorsqu’on lit celles consacrées aux violences des gilets jaunes et des policiers.