Livraison de Mai 2020

  • La tristesse des anges, Jón Kalman Stefansson : Roman islandais. Les livres de cet auteur sont très spéciaux, il ne s’y passe presque rien. Un facteur arrive dans un village, et il fait tellement froid qu’il est collé à sa charrette, ses vêtements ayant gelés. Le facteur est accompagné dans sa tournée par un jeune homme qui aime la poésie et apprend l’anglais en traduisant Othello de Shakespeare. Ils sont accueillis par un vieux capitaine. C’est le quotidien de ce village et de leur vie. Très beau livre, avec des passages qui parlent des mots. Le garçon lit des extraits d’Othello aux autres.

  • Retour vers David Goodis, Philippe Garnier : Biographie de David Goodis, un auteur de roman nord-américain peu connu. Plusieurs de ses livres ont été adaptés au cinéma, il a également écrit de nombreux scénarios de films. Philippe Garnier raconte comment il s’est rendu aux États-Unis au début des années 80 pour retrouver des gens qui connaissaient cet auteur. Cette biographie est illustrée par de nombreuses images (photographies, affiches…). Elle est très bien, car c’est l’occasion de plonger dans l’univers d’Hollywood, des scénaristes et du cinéma dans les années 50, et lire un livre de Goodis/sur Goodis est un plaisir. David Goodis est peu connu aux États-Unis et l’est devenu car il a été reconnu en France (il a été publié dans la collection Série Noire). Il est devenu célèbre environ 20 ans après sa mort.

  • Tom Gauld : Tom Gauld est un illustrateur britannique, qui écrit et dessine des strips humoristiques, principalement autour de la littérature (c’est notamment un défenseur de la SF face aux genres littéraires considérées comme plus nobles). C’est un humour un peu absurde/mignon/britannique. Au début de chaque recueil de strips, un petit livret explicatif donne quelques références que le lecteur/la lectrice n’a peut-être pas, pour comprendre certains gags. C’est amusant et distrayant. Deux recueils lus et recommandés : Vous êtes tous jaloux de mon jetpack, En cuisine avec Kafka.

  • Maso et Miso vont en bateau, Les insoumuses : Film documentaire qui était disponible sur Tënk. En France, 1975 a été déclarée Année de la femme. Le dernier jour, Antenne 2 diffuse une émission spéciale présentée par Bernard Pivot, avec la secrétaire d’État chargée de la condition féminine, Françoise Giroud, comme invitée. Le but de cette émission est d’interroger des misogynes, et Françoise Giroud leur répond, mais d’une manière très décontractée. Un collectif féministe décide donc de faire un film où elles reprennent cette émission et réagissent à son sujet/la critiquent. Ce documentaire est ubuesque du fait de l’émission et donc assez drôle, c’est intéressant de voir la façon dont les féministes critiquent et analysent cette émission.

  • Antigone, Jean Anouilh : Pièce de théâtre. Anouilh s’est inspiré du mythe de Sophocle pour écrire sa pièce, qu’il a eu l’idée d’écrire le jour des petites affiches rouges, pendant la seconde guerre mondiale. Antigone, fille d’Oedipe et de Jocaste, décide d’enterrer son frère décédé, Polynice. Cependant, son oncle et roi, Créon, a défendu d’enterrer Polynice sous peine de mort. Se lit facilement, il y a peu de personnages, c’est bien et très actuel, on peut transposer cette histoire à notre époque.

  • La fin de l’amour : Enquête sur un désarroi contemporain, Eva Illouz : Ouvrage de sociologie. A lu les 50 premières pages mais n’a pas réussi à aller plus loin. Il y a un petit côté sentencieux dans le ton, et énormément de références que l’on ne consultera jamais (car il faut avoir envie de lire des études en anglais). Finalement, plutôt que de tenter de lire ce livre dans l’ordre, a décidé de commencer par lire la fin, puis le milieu, et cela a rendu l’ouvrage plus intéressant.

  • La convivialité, Ivan Illitch : Tout petit livre, il s’agit en fait de notes prises lors d’un colloque → c’est une conclusion. Et c’est le gros défaut de tout le livre : il pose le résultat sans donner le moindre élément d’analyse, il ne démontre rien, explique peu de choses, pose les choses comme des faits, ne donne aucune référence. Ça ressasse, il y a beaucoup de répétition, c’est déjà court mais ça pourrait tenir sur 20 pages. Écrit dans les années 70, et les idées ne font pas très neuves, on les connaît. Ce n’est pas plus intéressant que ça, sauf pour l’intérêt historique.

  • La guerre civile en France, Karl Marx : Livre sur la Commune. Au début de sa vie, Marx était très étatiste. Dans le Manifeste du parti communiste, parmi les dix propositions rédigées, quatre invoquent l’État. Vers la fin de sa vie, la Commune a lieu et Marx écrit ce livre à son sujet, dans lequel il rejette l’État. Il s’agit d’une analyse de la Commune, il y parle beaucoup des événements durant cette période et de la répression. Il est très vindicatif envers l’État. On reste cependant un peu sur sa faim avec cet ouvrage, il reste très méprisant envers de nombreuses classes, seul compte la classe révolutionnaire.

  • Stiller, Max Frisch : Roman suisse du 20è siècle, en deux parties. Un homme muni d’un passeport américain est arrêté vers Zurich. On le soupçonne d’être Anatol Stiller, un peintre suisse disparu il y a six ans sans laisser d’adresse. L’homme est placé en détention provisoire, le temps d’éclaircir l’affaire. Tous les proches de Stiller (sa femme, ses amis, son frère, son amante) persistent et signent après l’avoir rencontré : il s’agit bien du peintre. Mais lui s’obstine : il n’est pas Stiller. La première partie est composée des carnets de prison de l’homme, où il raconte son arrestation puis son quotidien en détention, ses entretiens avec son avocat, son gardien, le procureur, et les rencontres avec les proches de Stiller. La seconde partie, plus courte, est une sorte d’épilogue raconté par le procureur, qui nous livre le dénouement. Un roman curieux et très drôle dans sa première partie, qui bascule sur un ton plus grave et surprenant, mais cohérent, dans l’épilogue.

  • L’œil du loup, Daniel Pennac : Roman “jeunesse”, court. Un loup est dans un zoo. Un petit garçon vient régulièrement le regarder, ce qui intrigue le loup. Dans l’œil de ce dernier, le garçon va voir l’histoire du loup. Et dans l’œil du garçon, le loup va découvrir l’histoire de l’enfant. Un bon livre !