Livraison de mars 2020

  • Le monde diplomatique de janvier 2019 : Contient un dossier sur les gilets jaunes. Intéressant de le lire un an après, avec le recul, surtout que parfois les journalistes font des prévisions.

  • La panne, Friedrich Dürrenmatt : Roman. La voiture d’Alfredo Traps tombe en panne loin de chez lui. Il se fait héberger par un retraité, dans le village près duquel la panne a eu lieu. Le soir, son hôte ayant des invités, il se joint à eux. Il s’avère que tous sont retraités et travaillaient auparavant dans la justice (avocat, procureur, bourreau, juge). Lorsqu’ils se retrouvent, ils s’amusent à rejouer les grands procès de l’Histoire. Mais, Alfredo Traps étant présent ce soir, ils lui proposent d’organiser son procès…alors qu’il n’a, a priori, commis aucun crime. Un roman court, facile à lire, plutôt amusant (dans le genre humour noir). Tout l’intérêt de l’histoire repose sur le fait qu’on ne sait pas sur quel pied danser concernant ce procès plutôt étrange.

  • L’origine du capitalisme, Ellen Meiksins Wood : Il existe tout un tas de théories concernant l’origine du capitalisme, et, dans la plupart, il s’agirait d’un système “naturel”, présent depuis toujours. Si, auparavant, on ne voyait pas le capitalisme dans les sociétés humaines, c’est parce qu’il était empêché et qu’il fallait quelque chose pour le faire évoluer → étant naturel, le capitalisme serait indépassable. Pour l’autrice, ces théories sont erronées et le capitalisme aurait été créé en Angleterre au 16è siècle, avec le mouvement des enclosures. Elle explique les conditions particulières qui ont fait que le capitalisme est apparu précisément à ce moment et dans ce pays, et le processus qui a permis son développement. Un ouvrage très répétitif dans le style, il manque des détails, mais ça se lit vite et c’est vraiment pas mal.

    • Bernard Friot évoque la mesure du temps de travail dans ses articles.

    • Le libéralisme, Pierre Zaoui & Romain Dutrex : Ouvrage de la collection La petite bédéthèque des savoirs. Il s’agit d’une bande dessinée qui explique ce qu’est le libéralisme. Les textes sont d’un chercheur, les dessins d’un dessinateur. Le style graphique est celui de la caricature réaliste. Le scénario est assez original : Montesquieu et Jung se rendent dans une librairie, trouvent la BD (que l’on est soi-même en train de lire), la lisent et commentent → un fil conducteur amusant pour introduire les explications autour du libéralisme. Ils évoquent notamment ses origines.

    • Le capitalocène : Aux racines historiques du dérèglement climatique, Armel Campagne : L’auteur aborde l’origine du capitalisme et le lien de ce dernier avec le contrôle des énergies.

  • The Old man, Yom : Yom est un clarinettiste français. Ce morceau est tiré de son album Songs for the Old man, dont la pochette est magnifique. Il s’agit d’un morceau de musique Klezmer. A éprouvé un véritable coup de cœur pour ce titre, le son est chaleureux, doux, mélancolique, velouté. Le fait d’entendre la respiration de l’artiste est très sensuel.

    • À Grenoble, il y a un groupe de musique Klezmer, ils interprètent des morceaux et font des voyages culturels : Grenoble Klezmer Kollectiv.

  • Le breakfast du champion, Kurt Vonnegut : Roman. L’auteur passe son temps à donner son avis sur le monde et son fonctionnement. Pour cela, il imagine un monde où deux individus seulement sont dotés du libre-arbitre : un auteur de SF (qui n’est pas Kurt Vonnegut) et un milliardaire, mais ce dernier n’est pas vraiment libre, car il est malade de son pouvoir au point d’en devenir littéralement fou. L’auteur parle à la troisième personne, se pose en créateur. L’auteur de SF est un auteur moyen, publié surtout dans des revues pornos. Ce roman est loufoque, drôle et intéressant. À un moment, l’auteur de SF et le milliardaire sont sensés se rencontrer. Il y a de nombreux dessins insérés, qui complètent le texte : schéma d’un objet ou d’un lieu plutôt que d’en faire une description, etc.

  • La cravate, Mathias Théry et Étienne Chaillou : Film documentaire. Les réalisateurs ont suivi un militant du Rassemblement National durant la campagne présidentielle. Tout le film est entrecoupé de séquences où ils présentent le script du film au militant, pour que ce dernier soit au courant de ce qu’ils vont dire à son sujet. Les réalisateurs ont décidé de ne faire entendre que la voix du militant : nous n’entendons pas les autres personnes, une voix off indique simplement la thématique de la discussion et les réactions du militant. Un film très intéressant car on suit vraiment tout le parcours du militant, il s’agit d’un portrait qui prend en compte tous les aspects de sa vie, on a des éléments concrets permettant de comprendre pourquoi il a rejoint le RN. L’approche sociologique est intéressante.

    • Des mêmes réalisateurs, le documentaire La sociologue et l’ourson est très bien : ils décident de faire un film sur la Manif pour tous et la mère de Mathias Théry, sociologue, discute avec son fils des enjeux du débat autour du Mariage pour tous. On la voit évoluer politiquement.

  • Les juifs dans la Résistance Française – 1940-1944 – (avec armes ou sans armes), David Diamant : Ouvrage paru en 1970, l’auteur est un ouvrier juif communiste. Il montre que les juifs communistes et, de manière générale, les communistes, ont participé à la Résistance avant qu’Hitler ne se retourne contre Staline et n’attaque l’URSS.

  • Petit traité d’écologie sauvage T.03 : Mythopoïèse, Alessandro Pignocchi : Bande dessinée. La civilisation occidentale s’est effondrée, le mode de pensée dominant est désormais la culture animiste des jivaros. Les dirigeants ne veulent plus diriger, tout le monde est passionné par les animaux et les plantes. La BD est une succession de gags, entre autres en lien avec l’actualité (démission de Hulot, marche pour le climat…). La postface est très intéressante.

    • Entretien de François Sarano sur le site Reporterre suite à la parution de son livre Réconcilier les hommes avec la vie sauvage.

    • Le 12 mars, Johann Chapoutot sera à la librairie Le Square.

  • Le dernier hiver du Cid, Jérôme Garcin : Cet ouvrage est stylistiquement horrible, mais ça se calme un peu au fur et à mesure du livre et les chapitres sont courts. Si on arrive à dépasser ce problème de style, il s’agit d’un ouvrage bouleversant. L’auteur est le mari de la fille de Gérard Philipe, grand acteur français. Il raconte au jour le jour les derniers jours de cet acteur qui ignore qu’il va mourir, atteint d’une maladie en fait incurable. Seule sa femme le sait, et décide de lui cacher pour qu’il puisse vivre à fond sa vie. L’ouvrage montre la grande vitalité de cet homme, le temps qu’il donne pour les causes qu’il défend. C’est comme une tragédie grecque, Gérard Philipe a tout donné, sa vie est comme celle d’une comète.

  • Le pacte du loup avec Jérémie Villet : Épisode hors-série du podcast Les baladeurs, où une personne vient raconter une expérience en pleine nature. Son récit est mis en son par l’équipe du podcast, afin de plonger l’auditeur(ice) dans l’ambiance. Dans cet épisode, le photographe Jérémie Villet raconte sa rencontre avec un loup, en Alaska. Sa voix est hypnotisante, son récit très bien construit, les effets sonores nous plongent complètement dans son histoire.

  • Shibumi, Trevanian : Roman, thriller. Nicholaï Hel a vécu dans les années 30 à Shanghaï avec sa mère, aristocrate russe ayant émigré en Chine dans les années 20, désormais prostituée de luxe. Il est plus ou moins adopté par un général japonais qui l’initie au go et, lorsque les japonais envahissent Shanghaï, le fait partir vivre chez un maître de go au Japon. Employé comme décrypteur de codes secrets par les américains, il sera envoyé en prison lorsque son ancien tuteur est accusé de crime de guerre. Au bout de plusieurs années, la CIA lui propose de le faire sortir de prison à condition qu’il travaille comme tueur pour elle, ce qu’il accepte. En parallèle de son histoire, nous suivons une organisation internationale pas très sympathique, la Mother Company. Et encore en parallèle, un attentat est organisé par des japonais contre des juifs, commandité par la Mother Company → les chapitres alternent entre ces trois intrigues (l’attentat, la Mother Company, la vie de Nicholaï), donc on ne comprend pas le lien entre eux au début, et ça vient progressivement. Ce résumé semble tarabiscoté mais quand on lit le livre, c’est limpide ! Le personnage principal est assez intéressant : pas très manichéen, pas très bienveillant, plutôt cynique. C’est un roman bien écrit et haletant.

  • Ce cher mois d’août, Miguel Gomes : Docufiction qui devient une fiction. L’histoire se déroule dans un village portugais. On voit des gens qui projettent de faire un film et, tout à coup, on se retrouve dans le film → il commence à y avoir des histoires entre les personnages, il se passe un truc dans une famille, on bascule sans s’en rendre compte dans la fiction. Un film kitsch mais bien.

  • Quatre films vus au Festival international du film de Berlin cette année, qu’il faudra voir s’ils sortent en salle car ils sont très bien : Pari de Siamak Etemadi, Eeb Allay Ooo ! de Prateek Vats, Otac de Srdan Golubović, Namo de Nader Saeivar.