Livraison de février 2020

Échangismes littéraires – février 2020

  • Une journée particulière : Alain Damasio pour Les furtifs : Émission de Zoé Varier, ancienne de Là-bas si j’y suis, sur France Inter. Elle interviewe une personnalité qui raconte une journée “particulière”. Dans cet épisode, l’invité est Alain Damasio. C’est intéressant, et ça s’adresse autant aux personnes qui ont lu Les furtifs qu’à ceux qui ne comptent pas le lire mais veulent savoir de quoi il est question.

    • Il y a un spectacle adaptant Les furtifs à l’Hexagone les 14 et 15 février.

    • Un lecteur a trouvé Les furtifs chiant au bout de 200 pages et a abandonné au bout de 400 pages !

  • Spectacle Fire of Emotions : Palm Park Ruins : Spectacle de l’artiste Pamina de Coulon. Pamina de Coulon fait des monologues philosophiques. Ce spectacle est le troisième de la trilogie Fire of Emotions, on peut trouver le premier volet sur Internet, il parlait de l’espace. Le thème du deuxième était “sous-marin”. Pour ce troisième spectacle, elle revient sur terre. À chacun de ses spectacles, à travers le thème choisit, elle interroge la société. Pas encore vu ce spectacle, mais les deux premiers étaient vraiment bien, c’est complet, on est pas dans un monde creux, il y a de la réflexion, de l’émotion…ce n’est pas non plus compliqué, ça montre que penser, c’est stimulant. Elle se produira à Grenoble le 10 juin au théâtre 145.

  • Caminante, no hay camino…, Antonio Machado : Lecture de la traduction française de ce poème espagnol d’Antonio Machado (“Toi qui marches, il n’existe pas de chemin”). Trouve très belle l’idée qu’il n’existe pas de chemin, et que lorsqu’on se retourne on voit le sentier tracé, mais qu’on ne peut pas retourner en arrière.

  • Circé, Madeline Miller : Ce roman raconte l’histoire de Circé, du point de vue de cette dernière (narration à la première personne). On connaît peu Circé, et uniquement en tant que personnage secondaire dans les récits mythologiques classiques (notamment l’épisode où elle accueille Ulysse dans L’Odyssée). Ici, elle est le personnage principal, et c’est très intéressant car on découvre des récits qu’on ne connaissait pas, et on en redécouvre d’autres mais de son point de vue, (Ulysse, mais aussi le Minotaure, etc.) Ce roman offre un point de vue différent et passionnant sur la mythologie grecque. C’est bien écrit, fluide et facile à lire.

  • Système K, Renaud Barret : Ce film documentaire a été réalisé par l’auteur du film Benda Bilili ! (2010), où l’on suivait des personnes handicapées, à Kinshasa, qui fabriquaient des instruments à partir de déchets et montaient un groupe. Dans Système K, le réalisateur suit des artistes, toujours à Kinshasa, qui font des œuvres d’art à partir de déchets, et c’est impressionnant. Par exemple, ils créent des sculptures à partir de douilles de balles, des maisons en machettes, ou des performances, etc. Très politique et génial, on voit l’inventivité de ces artistiques alors qu’ils n’ont rien.

    • Sugar man, Malik Bendjelloul : Film documentaire qui raconte l’histoire de deux fans partant à la recherche de Sixto Rodriguez, artiste ayant sortit deux albums qui furent un échec commercial, sauf en Afrique du Sud, où il était une star sans le savoir. Les deux fans décident de partir à sa recherche, et vont le faire venir en Afrique du Sud. Un très bon film documentaire, super bien monté, avec en bande originale les chansons de Sixto Rodriguez.

    • Throw down your heart : Film documentaire sur un artiste de banjo, Bela Fleck, qui voyage avec son banjo dans le but de découvrir les racines de cet instrument. En chemin, il rencontre des musiciens, fait des sons avec eux, etc. Ce film permet de découvrir le banjo, d’autres sonorités…c’est un dialogue musical.

  • Où va l’argent des pauvres, Denis Colombi : Les pauvres ont peu d’argent, mais on y fait très attention, tout le monde a un avis sur la façon dont ils doivent le dépenser → ce livre analyse chacune des idées reçues/opinions gravitant autour de l’affirmation “les pauvres ne savent pas gérer leur argent”. L’auteur est sociologue. En filigrane, il fait également un plaidoyer pour la sociologie, qui n’a pas toujours bonne presse. Cet ouvrage est très accessible, il y a des références pour les personnes voulant aller plus loin. Cela permet de remettre les choses en place concernant la pauvreté. Il s’agit surtout d’analyses de travaux réalisés et d’analyses de cas dans l’actualité.

    • La raison humanitaire, Didier Fassin : L’auteur est allé sur le terrain rencontrer différentes populations, et démontre que, sur la deuxième moitié du 20è siècle, on est passé à la “gouvernance de l’humanitaire” → changement de lexique (on passe “d’exclusion” à “misère”, etc.), on opte pour un vocabulaire plus empathique, même dans les politiques publiques. Il y a notamment tout un chapitre sur une aide financière pour laquelle les pauvres, s’ils souhaitaient l’obtenir, devaient écrire une lettre afin de justifier pourquoi ils méritaient de recevoir cet argent. C’est édifiant.

    • La culture du pauvre, Richard Hoggart : Richard Hoggart a été pauvre, puis est devenu écrivain et sociologue. Il revient sur les conditions de vie de la communauté dont il est issue.

  • La hulotte : Revue semestrielle (ou presque) naturaliste à destination des enfants (et des adultes !). Dans les années 70, un prof de SVT décide d’arrêter et de se consacrer à la rédaction d’une revue naturaliste. Ainsi est née La hulotte. La parution est irrégulière car il s’agit d’une toute petite équipe. Cette revue propose une vulgarisation de qualité autour de la faune et de la flore sauvage. Chaque numéro est thématique. Les illustrations sont faites à l’encre de chine et sont en adéquation avec les textes. Les textes ne sont pas infantilisant. Cette revue n’existe qu’à l’abonnement, il n’est pas possible de l’acheter en kiosque. Une revue exceptionnelle, très bonne vulgarisation naturaliste.

  • Jojo Rabbit, Taika Waititi : Film. Jojo, 10 ans, vit en Allemagne dans les années 40. Son but est de devenir un soldat pour le 3è Reich. Il a un ami imaginaire, en la personne d’Adolf Hitler, avec qui il discute beaucoup. Un jour, il découvre que sa mère cache une adolescente juive dans un placard…Il s’agit d’une bonne comédie qui fait rire, pleurer et réfléchir. Ce film tourne en dérision le nationalisme, les nazis et le fascisme.

  • Shaman King, Hiroyuki Takei : Manga, shonen. Il s’agit d’un manga des années 90-2000 qui a marqué beaucoup de gens à l’époque. Manta est un jeune ado’ passionné par les histoires de fantômes. Un jour, il traverse un cimetière et fait la connaissance d’un jeune garçon, Yoh, qui est capable de voir et parler à des fantômes. Yoh est en fait l’héritier d’une famille de shaman, et a pour objectif de remporter le Shaman fight, un tournoi entre shaman. Le vainqueur remporte le droit de fusionner avec une entité. À l’époque, la fin de la série avait été précipitée, entre autres parce qu’elle ne fonctionnait plus assez, écrasée par la concurrence d’autres séries (One Piece, Naruto, Bleach). La fin n’a pas été celle choisit par l’auteur. Le manga est actuellement réédité, en 17 tomes à la place de 32 (double volume), et la fin souhaitée par l’auteur a été éditée. Ce manga est vraiment bien car les personnages sont variés et viennent de partout.

  • Il faut s’adapter, Barbara Stiegler : L’autrice revient sur les origines de la conception philosophique du néolibéralisme dans les années 30 → elle démontre que c’est une réaction au sentiment de fin de parcours du libéralisme, qui s’amplifie avec la crise de 1929. Ce livre permet de comprendre que si le néolibéralisme s’est imposé, ce n’est pas parce qu’il est “naturel” mais parce qu’il a été pensé. Il y a eu des moments historiques où ça a été construit. Il s’agit d’une lecture pointue (pas de la vulgarisation), c’est de la philosophie politique. L’ouvrage est très bien référencé.

    • Il y a une super interview de Barbara Stiegler sur ce site : il s’agit d’une bonne synthèse de l’analyse qu’elle développe dans Il faut s’adapter.