livraison de janvier 2020

  • Décolonisation, Karim Miské : Série documentaire disponible sur Arte jusqu’au 6/03/2020. Trois épisodes. Retrace la décolonisation dans ses grandes lignes, en montrant la progression des mouvements de décolonisation dans différents pays (Kenya, Algérie, Inde…). Cette série retrace l’histoire de personnes que l’on connaît peu. Le ton du documentaire est différent de d’habitude, car le point de vue n’est pas celui des colonisateurs, mais des opprimés. Il y a des images d’archives, des extraits de films réalisés dans les pays concernés…Très intéressant, mais on reste sur sa faim avec seulement trois épisodes, il en faudrait plus. Ça donne envie d’approfondir le sujet.

  • Vivian Maier, street photographer : Exposition au musée de l’Ancien évêché jusqu’au 15 mars 2020. Très bonne exposition, on apprend de nombreuses choses sur cette artiste devenue célèbre l’année suivant sa mort.

  • Les jours heureux : Le programme du Conseil National de la Résistance de mars 1944 : Comment il a été écrit et mis en œuvre, et comment Sarkozy accélère sa démolition, Citoyens résistants d’hier et d’aujourd’hui : Il s’agit du programme du CNR, qui est attaqué par les gouvernements qui se sont succédés depuis. Un livre qui permet de revenir aux fondamentaux et de comprendre d’où viennent certains acquis sociaux, comme la Sécurité sociale.

    • La sociale, Gilles Perret : Film documentaire retraçant l’histoire de la création de la Sécurité sociale.

  • Sky Hawk, Jiro Taniguchi : Manga, un tome, western. Deux samouraïs, dont le seigneur a été tué, traversent le Pacifique et se retrouvent au Far West. Ils viennent en aide à une jeune femme indienne qui se fait agresser, et se retrouvent impliqués dans la défense des indiens contre les élans coloniaux des américains. A dévoré ce manga, on arrive tout à fait à percevoir l’aspect sacré de la nature. L’auteur s’amuse à imaginer des samouraïs en plein Far West, et imagine des transferts/échanges culturels (par exemple, ils apprennent le judo aux indiens). C’est très réaliste, inspiré de faits réels (romancés). Un manga extraordinaire : amour, action, combat…et en même temps, il y a un message politique.

  • Le quatrième soupirail, Marie-Sabine Roger : Roman jeunesse. Amérique du Sud. Un pays sous dictature. Le père de Pablo est enlevé sous ses yeux par les militaires, car il écrivait et diffusait des poèmes engagés. Pablo rejoint un groupe de résistants pour essayer de retrouver la trace de son père, savoir s’il est vivant et, en même temps, découvre la place de la poésie (et de l’art en général) dans résistance à l’oppression. Un roman court, marquant et très beau.

  • Le supercontinent : Une histoire naturelle de l’Europe, Tim Flannery : Livre documentaire. L’auteur retrace l’histoire du continent européen, de sa formation jusqu’à l’époque actuelle. Il retrace également l’histoire de la vie depuis cette période. Très intéressant, on apprend de nombreuses choses.

  • Bouvard et Pécuchet, Flaubert : Roman. Ce roman est le dernier écrit par Flaubert, qu’il n’a jamais pu achever. Flaubert était très énervé contre la Bêtise, il a donc décidé d’écrire un roman sur la Bêtise. Deux personnages, Bouvard et Pécuchet, sont persuadés de savoir tout sur tout, et font donc n’importe quoi. Par exemple, ils discutent avec un médecin et affirment mieux connaître que lui tout ce qui est relatif à la médecine. Flaubert aborde avec eux tous les sujets : médecine, économie, archéologie…Un roman assez savoureux, on ne s’attarde jamais longtemps sur un domaine, et c’est chouette.

  • Rosa la rouge, Kate Evans : Bande dessinée sur Rosa Luxemburg. Le dessin est agréable et sert à illustrer les notions marxistes abordées. Cette BD est intéressante car elle permet de mieux connaître Rosa Luxemburg, son parcours et ses opinions. Elle est très bien faite, pédagogique et poétique, il y a un vrai rapport entre les dessins et les mots.

  • Murray Bookchin : Cet auteur américain est écologiste et anarchiste, et sa particularité est qu’il critique ces deux courants tout en en faisant partie. 4 textes :

    • Au-delà de la rareté : recueil de textes écrits en 1970, juste après mai 68.

    • Une société à refaire, écrit dans les années 80 : critique le mouvement écolo de cette époque, qui tourne autour de trois choses avec lesquelles il est en désaccord, la misanthropie (le problème de la Nature serait l’être humain), le mysticisme et un troisième point oublié par le présentateur de cet ouvrage…il faudra lire cet essai pour savoir !

    • La nouvelle gauche, écrit au début des années 2000 : critique le mode de pensée partant du principe que la lutte des classes est dépassée, qu’elle n’a plus de sens car tout le monde bénéficie du capitalisme et qu’il faut donc plutôt se focaliser sur la domination. Dans les années 70, Bookchin était lui-même dans ce mode de pensée, mais il va finir par changer d’avis, d’où ce texte.

    • Changer sa vie sans changer le monde, écrit au début des années 2000 : critique d’une partie de l’anarchisme.

    • Mieux vaut commercer par La nouvelle gauche. Dans tous ses textes, deux points sont importants pour Bookchin : le contexte et la raison (ce qui doit nous faire adhérer à une cause doit être de l’ordre de la raison).

  • Philosophie magazine n°134, 11/2019 :

    • Article La joie est une condition pour aller vers le savoir, de Vinciane Despret, philosophe ayant une approche ethnographique. Au départ, Vinciane Despret s’intéressait aux gens intéressés par les animaux, les éthologues, en se demandant comment on arrive à savoir ce que l’on sait sur les animaux. Elle constate alors, en étudiant les éthologues, qu’il s’agit principalement d’hommes et que les savoirs sur les animaux découlent parfois d’une vision machiste de la vie. Elle finira par s’intéresser aux animaux ensuite. L’article est passionnant et accessible.

      • Elle a également écrit un livre passionnant, Au bonheur des morts.

    • Article Chamanes : les chasseurs d’invisible. Cet article n’en a pas l’air, mais il est en fait très intéressant. Il s’agit d’un dialogue entre Cécile de France, actrice, et Charles Stépanoff, ethnologue venant de sortir un essai sur le chamanisme. Les propos de Charles Stépanoff sont super pointus, cela permet de prendre du recul sur la mode du chamanisme occidental (et commercial), et d’aborder la question du chamanisme sous un autre point de vue.

  • Les furtifs, Alain Damasio : Roman, science-fiction. 2040. Le monde est entièrement privatisé, les impôts sont optionnels et plus tu payes, plus tu as accès à de lieux dans le monde (si tu ne payes pas, tu ne peux pas te rendre dans certains bâtiments, certaines rues, etc.). Lorca Varèse passe des tests pour intégrer une équipe de chasseurs ayant pour objectif de chasser les “furtifs”. Personne ne sait vraiment ce que sont les furtifs. Lorca est le seul civil de l’équipe de chasseurs, tous les autres sont militaires. Son objectif est de retrouver sa fille, disparue, car il pense qu’elle a rejoint les furtifs. Un roman très prenant, le langage est très bien travaillé, l’auteur essaye de nombreuses choses et travaille également sur les caractères, la typographie.

    • Alain Damasio a également écrit une nouvelle sonore très bien ficelée qui fait partie de l’univers des Furtifs : elle raconte l’histoire d’une femme enceinte qui doit accoucher et, pour se rendre à l’hôpital, décide de prendre une rue qui lui est interdite. Un drone la repère et finit par l’abattre…l’histoire raconte la réaction des gens autour, mais en passant par le biais des objets technologiques (un drone, une conversation téléphonique, etc.).