Livraison échangismes littéraires – novembre 2019

Échangismes littéraires – novembre 2019

  • L’imaginaire de la Commune, Kristin Ross : Ce livre ne parle pas de l’insurrection en elle-même, mais décrit comment elle a commencé plusieurs années auparavant, avec des réunions publiques de travailleurs. Ces réunions se sont structurées en club, avec une plus forte politisation des travailleurs. L’autrice analyse l’imaginaire de la Commune, c’est-à-dire l’ensemble des images, récits, pensées politiques qui se sont développés avant, pendant et après. Elle s’intéresse en particuliers à trois penseurs de l’époque : William Morris, Elisée Reclus et Pierre Kropotkine.

    • L’Émission Les chemins de la philosophie sur France culture a consacré une semaine aux philosophes russe : quatre épisodes, présentant chacun un penseur, à savoir Lénine, Léon Chestov, Tolstoï et Bakounine.

  • Projet crocodiles, Thomas Mathieu & Juliette Boutant : Au départ, c’est un blog créé par l’illustrateur Thomas Mathieu en 2013, où il raconte, sous forme de bandes dessinées, des témoignages de femmes victimes de sexisme ordinaire, harcèlement sexuel, agression sexuelle, viol, violence gynécologique et/ou obstétricale, etc. Deux particularités graphiques : le dessin est en noir & blanc, sauf les crocodiles qui sont verts. Tous les hommes sont représentés en crocodiles, les raisons sont données dans la FAQ du blog. Thomas Mathieu a depuis laissé la place à l’illustratrice Juliette Boutant. Les témoignages ont également été publiés sous forme de BD (Les crocodiles). Certains témoignages sont vraiment très difficiles, mais c’est un blog important car il permet de mettre en lumière ce que vivent de nombreuses femmes, et de permettre à d’autres victimes de comprendre qu’elles ne sont pas seules et que ce qu’elles vivent n’est pas normal.

    • Blog d’Emmaclit : Dans son blog BD, Emma évoque les violences gynécologiques et obstétricales.

    • Un épisode d’Un podcast à soi est consacré aux violences gynécologiques et obstétricales.

    • Le documentaire Tu enfanteras dans la douleur sur Arte, réalisé par Ovidie, parle des violences gynécologiques et obstétricales.

  • Les métèques, Denis Lachaud : Roman. C’est l’histoire d’une famille vivant à Marseille, qui reçoit une convocation de la préfecture. Mais aucun motif n’est donné concernant cette convocation. Cela va faire remonter à la surface des secrets de famille. Très bon livre, qui se lit vite et évoque pleins de choses. L’auteur a fait un gros travail de recherche pour écrire ce roman.

  • Fugues, Arthur H : Roman autobiographique illustré avec des dessins, des partitions, des photographies, des photocopies de lettres…→ le format est original, et le récit autobiographique également. Arthur H commence par parler de Bach et l’Art de la Fugue. À un moment du récit, Bach apparaît vraiment comme personnage, et ça devient complètement délirant. Ensuite, l’auteur raconte l’histoire de sa mère, Nicole Courtois, qui a fugué à l’âge de 18 ans. Après, il nous raconte sa propre fugue, lorsqu’il avait 15 ans. À certains moments le personnage de Bach réapparaît, le roman alterne entre récit et passages délirants. Les histoires sont passionnantes, on peut lire ce livre sur différents niveaux : c’est une sorte d’autobiographie, un éloge à sa mère, mais c’est aussi un très beau roman sur ce que c’est que de chercher sa liberté.

  • Fugitif, où cours-tu ?, Dénètem Touam Bona : Auteur franco-africain. Il s’agit d’un recueil de différents articles autour, notamment, du marronnage et de comment des esclaves en fuite se réfugiaient dans la forêt et ont vécu en communauté.

    • L’auteur a également écrit un article très intéressant dans le n°12 de la revue Z intitulé Cosmopoétique du refuge.

    • La bande dessinée Angola Janga de Marcelo D’Salete fait écho à ce sujet.

    • Une histoire populaire de la France : De la guerre de Cent Ans à nos jours, Gérard Noiriel : une partie de ce livre parle des esclaves marrons.

  • Les larrons, William Faulkner : Roman. Il s’agit du dernier roman écrit par Faulkner. Le narrateur est un garçon de 11 ans. 1905, Jefferson, Mississippi. Le maire de la ville interdit les voitures. Le grand-père du narrateur décide alors d’en acheter une, dont il ne se sert pas, juste pour emmerder le maire. Le garçon et un adulte profite de l’absence du grand-père pour faire une virée en voiture à Memphis. Cependant, un passager clandestin va leur piquer la voiture et l’échanger contre un cheval. C’est le début d’une succession d’aventures très drôles, vues à travers les yeux d’un gamin qui ne sait pas grand-chose du monde et ne comprend pas tout. Un roman drôle, très dialogué, avec un style qui fait penser à l’argot de Céline. Une bonne entrée pour quiconque veut lire du Faulkner.

  • Phoolan Devi, reine des bandits, Claire Fauvel : BD biographique sur Phoolan Devi, une femme appartenant, en Inde, à une caste très basse. Mariée à l’âge de 11 ans, violée par son mari, elle s’échappe, est kidnappée par des bandits et devient chef de bande. Elle passe plusieurs années en prison, sera députée de 96 à 99. Elle est assassinée en 2001. Cette BD s’inspire de l’autobiographie de Phoolan Devi. Le dessin est beau, avec différentes couleurs et ambiances en fonction des périodes de sa vie.

    • Dans la bande dessinée Culottées T.02, Pénélope Bagieu présente Phoolan Devi.

  • Sorry, we missed you, Ken Loach : Dans son précédent film (Moi, Daniel Blake), le réalisateur expliquait comment l’État maltraite le prolétariat. Dans son dernier film, Ken Loach montre comment le libéralisme et le capitalisme maltraitent le prolétariat. Les deux films permettent de comprendre comment l’État et le capitalisme sont imbriqués. Sorry, we missed you parle d’un père de famille qui devient un livreur de colis auto-entrepreneur franchisé. Ça montre l’aliénation des gens, l’uberisation de la société, à quel point on ne peut pas s’en sortir, l’impact sur la famille et le parallèle avec le travail de sa femme, qui est aide à domicile avec un contrat zéro heure (une autre forme d’exploitation). Un très beau film. Ce sont des acteurs amateurs qui incarnent les personnages.

  • Bolchegeek : Chaîne youtube, où le vidéaste présente des films et essaye d’en faire une deuxième, troisième, quatrième voire cinquième lecture. Les épisodes durent en moyenne entre 20 et 30 minutes. Il présente l’histoire du film puis l’analyse sous le prisme des luttes sociales. Il a notamment fait une vidéo très instructive sur Hayao Miyazaki, où il parle de son engagement écolo’ et de comment il a fondé le studio Ghibli (=par ex salarisation des animateurs, ce qui n’était pas du tout le cas avant au Japon).

    • Never-ending man : Hayao Miyazaki, Kaku Arakawa : Un documentaire consacré à Hayao Miyazaki, très intéressant.

    • Documentaire 10 years with Hayao Miyazaki sur la chaîne japonaise NHK : Un réalisateur a eu l’autorisation de suivre Hayao Miyazaki pendant 10 ans, à condition d’être seul avec juste une caméra. Il en a tiré une série documentaire de 4 épisodes de 50 minutes chacun, en japonais sous-titré anglais (ou anglais tout court).

  • Désordre, Leslie Kaplan : Roman très court, entre le journal télévisé et l’enquête concernant le format/style. Au début, on ne sait pas trop de quoi l’autrice parle, et petit à petit on comprend. C’est l’histoire des dominés qui fracassent les dominants. Au début, il s’agit d’épisodes de violence isolés, mais partout, tout le temps, et finalement un code de ralliement est instauré. Un peu déçu, mais c’est quand même jubilatoire.

  • Comment la non-violence protège l’État, Peter Gelderloos : Dans cet essai, l’auteur explique qu’il y a une falsification de l’Histoire pour nous convaincre que le seul mode d’action pertinent, c’est la non-violence. Alors que, si les puissants veulent bien reconnaître les actions non-violentes, c’est parce qu’elles ne gagnent rien et discréditent les autres modes d’action. L’auteur analyse différentes actions, comme la lutte des droits civiques aux États-Unis (avec Martin Luther King et Malcolm X). C’est pas mal, mais il y a plusieurs écueils : approche très dualiste, il y a les non-violents et les autres. Certaines affirmations relèvent de l’extrapolation. Il ne définit pas la violence. Il a un peu trop de goût pour le côté martyr [d’autres lecteurs de ce livre n’étaient pas d’accord avec ces critiques, il y a eu un petit débat que je n’ai pas pris en note].

    • Une histoire populaire de la France : De la guerre de Cent Ans à nos jours, Gérard Noiriel : une partie de ce livre traite d’action violente/non-violente.

  • 1984, George Orwell : Roman, dystopie. Société totalitaire, les citoyens sont sous contrôle permanent. L’utilisation et le dévoiement des mots est très intéressant. Ça fait penser à l’aseptisation de certains mots de nos jours : “collaborateur” pour “employé”, “technicien” pour “ouvrier”…Un roman très dur, surtout la dernière partie.

    • Vidéo de Linguisticae : ce youtubeur a consacré une de ses vidéos à la novlangue, elle dure 50mn et est vraiment très bien.