Livraison de Juin 2019

  • Enfance, Nathalie Sarraute : Roman autobiographique. L’autrice raconte quelques passages de son enfance, en s’adressant à elle-même. Ce sont des bribes du quotidien : elle mange une glace, des moments à l’école, etc. C’est bien et assez doux.

  • Homo domesticus : une histoire profonde des premiers États, James C. Scott : l’auteur est professeur d’institution politique. Bouquin prospectif où il émet une hypothèse à partir de ses nouvelles découvertes en anthropologie et en archéologie (il avait des lacunes dans ses deux domaines et s’est mis à jour) : l’agriculture et la sédentarisation auraient été imposées par la force avec l’esclavage. Facile à lire, c’est vulgarisé.

  • Leurre et malheur du transhumanisme, Olivier Rey : L’auteur montre ce qu’il y a derrière le transhumanisme, comment ça marche, d’où vient cette idéologie, ses limites et les illusions qu’elle véhicule. C’est intéressant et très accessible.

  • Le choix, Alain & Désirée Frappier : Bande dessinée. Désirée Frappier raconte l’histoire de la légalisation de l’avortement en France en la mêlant à sa propre histoire → elle part de son vécu pour aborder cette période historique qu’elle a vécue. À la fin de la bande dessinée, plusieurs documents historiques + une liste de réponses à apporter aux arguments anti-IVG. La BD est courte, les dessins en noir & blanc peuvent ne pas donner envie mais ils collent vraiment très bien avec le ton de la BD, qui est parfaite jusque dans le choix de son titre.

  • Le linceul du vieux monde, Christophe Girard : Bande dessinée en 3 tomes sur la révolte des canuts à Lyon en 1831. Les canuts étaient les ouvriers de la soie, leur révolte a été réprimé/étouffé. La BD est axée sur les gens, leur quotidien et leur souffrance. Elle est d’actualité avec les gilets jaunes, les dessins sont en noir & blanc, elle se lit très bien.

  • N’oubliez pas l’artiste !, Gérard Delteil : Roman noir qui se passe en 1961 à Paris. Il parle d’un appelé qui a fait un enfant pour éviter de devoir partir faire la guerre d’Algérie et qui est crayeur (=dessine sur le trottoir à la craie et fait la manche). Un homme dépose dans son chapeau un microfilm au lieu d’une pièce. Lui ne s’en aperçoit pas, part avec, et d’autres personnages vont chercher à récupérer ce microfilm → en partant de la vie de ce crayeur, activité que l’auteur a réellement exercée, se greffe une intrigue autour de la guerre d’Algérie, entre OAS et FLN. Roman bien foutu, qui se lit très bien.

  • Malaterre, Pierre-Henry Gomont : Bande dessinée. Un père de famille parisien rachète un domaine dans la forêt équatoriale, une ancienne exploitation forestière bâtie par ses ancêtres. Il souhaite relancer cette exploitation et part avec ses deux aînés (laissant sa femme et le plus jeune de ses enfants à Paris). Il veut faire découvrir cette vie à ses deux aînés, et souhaite qu’ils reprennent l’exploitation quand il l’aura relancé. Mais ça ne se passe pas comme il l’envisage. Les dessins sont très curieux car pas particulièrement beau au niveau du trait, mais c’est adapté à l’histoire et ça t’embarque. On rentre vraiment dans l’histoire.

  • Le droit à la paresse, Paul Lafargue : Un livre surprenant car c’est ironique et si tu le prends au premier degré tu passes à côté.

  • “Il faut s’adapter !” : Sur un nouvel impératif politique, Barbara Stiegler : Livre non-lu, elle parle des origines du néolibéralisme et des modes de pensée en place.

  • Sirius, Stéphane Servant : Roman post-apocalyptique. Le monde est en train de mourir suite à une catastrophe. Avril, une jeune adolescente, vit au fond d’une forêt avec son petit frère Kid, où ils n’ont pas croisé d’autres humains depuis des années, hormis une vieille dame qui vit également dans la forêt. Ils attendent leur chien, Sirius, qui doit les amener à leurs parents quand ceux-ci auront trouvé un endroit sûr où vivre ensemble. Mais un jour, des adolescents arrivent dans la forêt, recherchant Avril. Ce roman peut se lire dès la fin de l’adolescence (14-15 ans), c’est un pavé très bien écrit. L’histoire est très sombre. La fin est globalement décevante mais le reste vaut vraiment le détour.

  • Lustucru de Grenoble, Hervé Bienfait : Histoire des usines Lustucru de Grenoble à travers de nombreux témoignages. Très intéressant. L’auteur a fait plusieurs autres bouquins sur des cultures ouvrières spécifiques.

  • Le boucher de Guelma, Francis Zamponi : Roman historique. Longtemps après l’independance, L’ancien sous-préfet de Guelma (Le boucher) se fait arrêter par la justice algérienne au cours d’une escale imprevue en Algérie. Cette arrestation fortuite pour des faits ayant eu lieu en mai 1945 n’arrange personne et surtout pas les gouvernements français et algérien. Son procès est organisé en Algérie, et alors qu’il compte dire toute la vérité, tout le monde veut le faire passer pour un vieillard gâteux afin de le discrediter. À travers ce procès fictif, l’auteur revient sur les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata.

  • La philosophie des Lumières, Ernst Cassirer : Ce livre a été écrit en 1920, avant le nazisme. Cassirer est intéressé par la philosophie des Lumières, il veut comprendre comment la théorie de la morale a été fondée et analyser l’idée de raison et l’idée religieuse. L’objectif du livre est de comprendre ce qu’est la philosophie des Lumières, mais ce n’est pas le récit de l’histoire de la philosophie : l’auteur analyse, présente les spécificités des penseurs, ce qui les différencie, etc. Ce livre n’est pas très accessible, mais on peut partir de la table des matières et lire ce qui nous intéresse. Très bien écrit/traduit.

  • Le banquier anarchiste, Fernando Pessoa : Deux personnes sont en train de manger, ils ont terminé de discuter, les deux se taisent. Un des deux dit à l’autre “Quelqu’un m’a dit que tu étais anarchiste”. L’autre répond “Je n’étais pas, je suis anarchiste.” Et ils commencent à en discuter. Si on lit littéralement ce livre, on se dit qu’il y a un problème. Ce qui est intéressant c’est de se questionner sur ce qui pourrait être des écueils de l’anarchisme en réfléchissant à ce qui est dit. Ça force à être critique.