Fête au Grand Large

Une fête de la mer !
Qu’importe! Antigone ne s’arrête pas. Le vent souffle, cette sombre asso-là a une route qu’elle est forcé de continuer. Elle passe.
La fête d’Antigone disparaît, puis reparaît, elle plonge et remonte à la surface, elle appelle, elle tend les bras, on ne l’entend pas ; l’association, frissonnant sous l’ouragan, est tout à sa manœuvre, les activistes et les membres ne voient même plus la piste submergée ; sa misérable fête n’est qu’un point dans l’énormité des événements.

Elle jette des cris désespérés dans les profondeurs. Chaque fois qu’elle danse, elle entrevoit des précipices pleins de nuit ; d’affreuses variations inconnues la saisissent, lui nouent les pieds, la tirent à elles ; elle sent qu’elle devient le rythme, elle fait partie de la chanson, les mots se le jettent de l’un à l’autre, elle boit les tubes, le dj, lâche s’acharne à la noyer, l’énormité joue avec sa mélodie. Il semble que toute cette musique soit de la fête. Quel spectre que cette fête qui se tiendra un 1er avril ! Elle blague, elle blaguera frénétiquement. Elle s’éloigne, elle blêmit, elle décroît. Elle était là tout à l’heure, elle était de l’équipage, elle allait et venait sur la piste avec les autres, elle avait sa part de respiration et de soleil, elle était une danseuse. Maintenant, que s’est-il donc passé ? Elle a glissé, Elle est tombée, c’est fini. silence.

Lui, ce pauvre dj tout de suite épuisé, il recherche ce morceau introuvable.
Où donc est le dancefloor? Là-bas. À peine visible dans les pâles ténèbres de l’horizon.
Les refrains soufflent ; tous les couplets l’accablent. Il lève les yeux et ne voit que les lividités des visages. Il assiste, impuissant, à l’immense démence de la piste. Il est supplicié par cette folie. Il entend des bruits étrangers à l’homme qui semblent venir d’au-delà de la terre et d’on ne sait quel dehors effrayant.
Il y a des verres dans les nuées, de même qu’il y a des bouteilles au-dessus des détresses humaines, mais que peuvent-elles pour lui ? Cela rigole, chante et plane, et lui, il se marre.
Il se sent enseveli à la fois par ces deux infinis, l’original et le remix; l’un est une bombe, l’autre est un clin d’œil.

La nuit descend, voilà des heures qu’il mixe, ses disques sont à bout ; ce set, cette chose lointaine où il y avait des danseurs, s’est effacé ; il est seul dans le formidable gouffre crépusculaire, il rallume, il coupe le son, il sort, il sent au-dessous de lui les vagues monstres de l’invisible ; il appelle.
Il n’y a plus personne. Où est son pieu ?
Il appelle. Quelqu’un ! quelqu’un ! Il appelle toujours. Rien sur les mezzanines. Rien au bar.